Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Festival


Vu à La Rochelle (9)

Deux films français et un colombien pour cette avant-dernière journée au bilan fort mitigé même si le sud-américain a de grandes qualités.

 

 

Vif-argent de Stéphane Batut, sortie le 28 août

 

 

Tiens, une tentative française de réalisme magique au cinéma, c'est assez rare pour s'y arrêter. Hélas, la démonstration de Vif-argent, malgré des efforts méritoires, n'est pas spécialement convaincante. Faire un film poétique ne se décrète pas et on a beau y mettre beaucoup d'ingrédients, ce n'est pas gagné d'avance. En toute honnêteté, l'impression laissée par un film tel que Vif-argent dépend beaucoup de son humeur du moment et de sa réceptivité, une fois les lumières de la salle éteinte. Dans ce récit où morts et vivants se côtoient, en ayant d'ailleurs du mal à détecter qui est vraiment qui, on se sent un peu extérieur à un monde aussi mouvant et ce dès les première images du film. Le sentiment de déboussolement, voire de vague ennui, est renforcé par l'interprétation sans grand charisme de Thimothée Robart et celle, très décevante, d'une Judith Chemla à mille lieues d'Une vie, par exemple. Cette histoire d'errance et de revenant est à la croisée des chemins entre réalité et onirisme ou, autrement dit, le séant entre deux chaises, ce qui est loin d'être la position la plus confortable et satisfaisante.

 

Une fille facile, Rebecca Zlotowski, Sortie le 28 août

 

 

Rebecca Zlotowski qualifie Une fille facile de "conte amoral" et le défend en invoquant la liberté des corps et la sensualité. C'est à peu de choses près le même discours que tenait Roger Vadim, il y a 60 ans, et ce n'est sans doute pas un hasard si la trop célèbre Zahia évoque la BB de l'époque. Facile à réduire à ses courbes mais moins bête qu'il n'y parait, les machos devront en convenir. Zahia s'en sort d'ailleurs avec les honneurs, la réalisatrice ne lui ayant donné que peu de dialogues et lorsque le cas se présente, elle parvient même à se montrer convaincante en évoquant Marguerite Duras (sic). Mais bon, en vérité, Une fille facile manque terriblement de substance, passant d'une plage à un yacht puis à une villa luxueuse sans que l'on s'intéresse plus avant aux très superficielles péripéties du scénario. Le film se veut aussi une sorte de récit d'apprentissage pour la jeune adolescente cannoise, cousine du personnage interprété par Zahia, mais elle n'est guère valorisée et reste dans l'ombre de sa solaire et charnelle aînée. Avec un rôle pourtant secondaire, c'est finalement l'excellent Benoît Magimel qui s'en tire le plus à son avantage. Son air méditatif donne l'impression que lui aussi a des doutes sur les qualités d'Une fille facile. Peut-être espérait-on trop de Rebecca Zlotowski au vu de Grand Central, notamment ? Peut-être en définitive y a t-elle atteint ses limites mais cela reste encore à prouver.

 

Monos, Alejandro Landes, sortie le 4 mars 2020

 

 

Deuxième long-métrage de fiction du colombiano-équatorien Alejandro Landes, Monos fait inévitablement penser à Sa majesté des mouches avec ses adolescents guérilleros en fuite dans la jungle, accompagnés d'une otage américaine. La narration linéaire et traditionnelle intéresse peu le réalisateur qui préfère nous immerger dans un univers militaire et néanmoins ludique, par certains côtés, et surtout le plus souvent halluciné. Monos possède des moments de grande fulgurance et même de beauté barbare, contrebalancés par des séquences outrées où le but semble être d'abord de nous en mettre plein la vue et les oreilles (l'accompagnement sonore est phénoménal). Le scénario en lui-même obéit à une progression dramatique vue des dizaine de fois dans ce type de films (l'isolement du groupe, les luttes pour le pouvoir, la menace ennemie, l'évasion de l'otage, etc) mais Monos parvient à nous étonner par sa dinguerie, sa violence et des instants plus tendres, sans oublier à l'occasion l'usage d'un humour parfaitement dévastateur. On pressent que le tournage a dû être épique avec ces jeunes interprètes totalement investis dans une aventure hors normes. A part cela, le film souffre du même mal que 90% des longs-métrages actuels, à savoir son incapacité à conclure, avec une fin qui n'est pas ouverte mais béante, laissant en plan la majorité de ses protagonistes. Une preuve supplémentaire que Monos est moins un récit qu'une expérience incantatoire et sensorielle dans la jungle, cette terrible jungle !

 


07/07/2019
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Vu à La Rochelle (8)

Ce vendredi fut, haut la main, la journée la plus décevante depuis le début du festival. J'ai vu deux mauvais films (En parcourant le vaste monde et Monsters), un passable (Belmonte) et un pas mal (Le mariage de Verida). Cela ne pourra qu'être mieux demain.

 

 

Le mariage de Verida, Michela Occhipinti, sortie le 4 septembre

 

 

Il y a toutes les raisons d'être méfiant quand un film occidental se penche sur des us et coutumes jugés barbares, dans un endroit de la planète prétendument moins "développé." En l'occurrence, dans Le mariage de Verida, il s'agit de la Mauritanie et de la pratique qui consiste à gaver de nourriture la promise avant son union arrangée, afin de plaire au futur époux et à la belle-famille. Cependant, malgré les préventions d'usage, le premier long-métrage de fiction de l'italienne Michela Occhipinti semble plus que sincère et honnête dans sa démarche. Tais-toi et mange, tel est donc l'ordre donné à une jeune femme sans que quiconque n'y voit d'objections, hormis les amies proches de la susdite, pour qui la soumission à des règles dépassées est incompatible avec leur mode de vie, plus proche de la "modernité" qu'on ne le pense. Le mariage de Verida trace un portrait sensible et nuancé d'une adolescente partagée entre le respect et la rébellion. Peu de clichés apparaissent dans une peinture sociale qui aurait tout de même gagnée à s'élargir, au-delà du quotidien de son héroïne. La direction d'acteurs d'Occhipinti est remarquable et la mise en scène sobre mais jamais mièvre. La réalisatrice, qui a signé auparavant un documentaire sur le désert, aurait sans doute pu donner davantage d'espace au romanesque mais c'est avant tout un film sur une tradition que l'on a bien du mal à ne pas condamner, aussi étrangers à la Mauritanie et à sa culture que nous puissions être.

 

Belmonte, Federico Veiroj, pas de sortie prévue

 

 

Le cinéaste uruguayen Ferico Veiroj est déjà connu des cinéphiles pour des films minimalistes baignés d'un humour narquois (Acné, La vida util). Belmonte explore la même veine avec le portrait d'un artiste-peintre spécialisé dans la représentation d'hommes nus et qui traverse une certaine crise existentielle alors que son ancienne femme est sur le point d'accoucher et de donner un demi-frère à la fille qu'ils ont eu ensemble. Honnêtement, le film est un peu plat et sans grande progression dramatique, révélant le caractère assez désagréable d'un homme en grande partie asocial, ne devenant sympathique qu'au contact de sa fille. Bien qu'anodine, l'entreprise n'est cependant pas désagréable, ses maigres péripéties s'étirant sur à peine 75 minutes. Au moins, le film reste dans une simplicité et une grande modestie et s'intègre parfaitement dans une oeuvre dont on perçoit la fibre en partie autobiographique.

 

Monsters, Marius Olteanu, sortie en 2020

 

 

Une question reste en suspens jusqu'au bout de Monsters, le premier long-métrage du roumain Marius Olteanu : d'où vient donc l'odeur de rôti qui flotte autour de l'appartement du couple "vedette" de Monsters ? Plus sérieusement, hormis cette énigme accessoire, le film se caractérise par une prétention formelle (format carré, division en 3 segments chapitrés) que contredit un scénario d'un intérêt très limité. D'une certaine manière, Monsters pourrait être une satire du cinéma roumain, quand on s'attarde sur certaines de ses constantes, mais encore eût-il fallu qu'il possède un minimum d'humour, ce qui est loin d'être le cas. Son interminable première partie, constituée d'un dialogue entre une jeune femme à moitié hagarde et un chauffeur de taxi à demi compatissant, donne le ton avec ses dialogues anodins et ses lenteurs exagérées. Rien ne viendra ensuite provoquer le moindre émoi autour du vague thème du vivre ensemble sous la pression sociale. Les deux personnages principaux, qui ne sont pas à plaindre étant donné leur niveau de vie, ne suscitent aucune sympathie et leurs problèmes existentiels ne méritaient assurément pas qu'on leur consacre un scénario.

 

En découvrant le vaste monde, Kira Mouratova, 1978

 

 

En lutte avec la censure soviétique depuis ses débuts, Kira Mouratova réalise enfin son troisième film, En parcourant le vaste monde, en 1978, 7 ans après son deuxième. Il subira lui aussi des coupes sombres mais il s'agit malgré tout du long-métrage préféré de la cinéaste, l'un de ses plus libres, semble t-il. Force est de constater qu'il est pourtant pénible à regarder à cause de la post-synchronisation et d'un scénario digressif autour d'un chantier de construction et d'un triangle amoureux constitué d'une ouvrière et de deux chauffeurs. Les scènes sont soit silencieuses, soit proches de l'hystérie, composant une histoire assez peu lisible et aux éléments disparates. Son caractère subversif est évident mais ce capharnaüm visuel et narratif est parfaitement éreintant.

 

 


05/07/2019
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Vu à La Rochelle (7)

Aujourd'hui, c'était d'abord longue promenade dans La Rochelle. Un peu de cinéma quand même, avec Little Joe et Alice et le maire. Les batteries sont rechargées pour le sprint final.

 

 

Little Joe, Jessica Haussner, sortie le 27 novembre

 

 

 

Comment le style clinique et peu générateur d'émotions de Jessica Hausner allait-il s'acclimater dans un scénario de science-fiction, genre que la cinéaste autrichienne n'avait pas pratiqué jusqu'alors ?  La réponse donnée par Little Joe surprend peu quand on a vu ses précédents films mais ce n'est pas pour autant qu'elle est dénuée d'intérêt, tout au contraire. L'histoire de ces fleurs génétiquement modifiés et de leur pouvoir sur les humains pourrait être un épisode de la Quatrième dimension et a même quelque chose à voir avec la célèbre série Les envahisseurs. L'atmosphère générale de Little Joe est très particulière, oppressante et douce à la fois, admirablement orchestrée par une mise en place visuelle très travaillée de même que le climat sonore avec sa musique dissonante et japonisante. Science sans conscience n'est que ruine de l'âme, cette citation du bon vieux Rabelais est illustrée dans le film avec un humour à froid assez monstrueux et typique de la réalisatrice (on n'ose dire à la manière autrichienne mais il ressemble à celui de Haneke ou de Seidl). Dans cette espèce de fable ou de cauchemar climatisé qu'est Little Joe, certains verront sans doute un côté grotesque et affecté mais c'est précisément ce que vise Jessica Hausner dont le cinéma est toujours dans la rupture d'équilibre et dans une ambigüité déstabilisante. Formidable en tornade rousse dans Daphné, Emily Beecham a remporté le Prix de la meilleure interprétation à Cannes et la récompense est amplement méritée. Son jeu subtil et sans effets se marie parfaitement bien à une mise en scène soyeuse qui privilégie les lents travellings.

 

Alice et le maire, Nicolas Pariser, sortie le 2 octobre

 

 

Dès ses courts-métrages, Nicolas Pariser s'est caractérisé par son intérêt pour la chose politique, inclination finalement assez rare parmi les réalisateurs français, à la notable exception de Pierre Schoeller. Alice et le maire n'a cependant que peu à voir avec L'exercice de l'Etat du dernier cité et encore moins avec son premier et excellent long-métrage, Le grand jeu. Il est bien question de la pratique du pouvoir dans Alice et le maire mais le sujet est surtout celui de la relation entre un vieil édile fatigué et en panne d'idées qui se régénère au contact d'une jeune femme plutôt versée dans la philosophie. L'idée que nos élus auraient bien besoin de collaborateurs novateurs et recrutés hors du sérail nourrit le film mais Pariser a un peu de mal à le mettre en images. Il semble qu'au départ du projet, Alice et le maire ne contenait que des échanges entre ses deux personnages principaux mais il a fallu se résoudre à enrichir et à habiller le scénario de façon à ne pas le limiter à un dialogue ininterrompu de ce duo incongru. Seulement voilà, ce sont précisément ces échanges entre Alice et le maire qui captivent, le reste semblant bien pâle en comparaison, faute d'approfondissement, que cela soit autour du personnel de la municipalité ou de la vie privée de la jeune femme, certaines autres pistes narratives restant par ailleurs en jachère. Si Fabrice Luchini n'a pas à forcer son talent pour être crédible, c'est bien Anaïs Demoustier qui impressionne, une fois encore, par la finesse de son jeu. En revanche, la mise en scène de Nicolas Pariser est très décevante, purement fonctionnelle et sans aucune prise de risque. On attendait beaucoup mieux du réalisateur du Grand jeu même si ce deuxième film n'a rien d'indigne.

 


04/07/2019
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Vu à La Rochelle (6)

Une journée à 3 films où la qualité a supplanté la quantité. Avec Les contes de la lune vague après la pluie mais aussi Portrait de la jeune fille en feu et Atlantique.

 

 

Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma, sortie le 18 septembre.

 

 

Si, pour une raison quelconque, il fallait abandonner Portrait de la jeune fille en feu au milieu de la projection, le sentiment serait mitigé : celui d'avoir vu la moitié d'un film très beau mais hiératique et un peu froid. Heureusement, la deuxième heure du nouveau long-métrage de Céline Sciamma est autrement plus forte et émouvante, atteignant même des sommets que l'on n'espérait pas de la part de la cinéaste, au vu de ses oeuvres antérieures. Est-ce l'évocation, d'une époque lointaine (la deuxième partie du XIXe siècle) ? Toujours est-il que la réalisatrice s'est sentie libre de céder à la passion romanesque et de vaincre sa pudeur naturelle. Mais tout d'abord, d'un point de vue pictural, en intérieur ou à l'extérieur, dans la lumière chatoyante éclairant les plages bretonnes, Portrait d'une jeune fille en feu est une splendeur, chaque plan composé comme un tableau de maître. Peindre ou faire l'amour, tel est au fond le fin mot de cette histoire où les sentiments retenus éclatent enfin comme une floraison sublime. Plusieurs scènes touchent au plus haut point, par leur esthétisme et leur souffle passionnel : celle de la fête, de l'avortement et, plus tard, dans un musée. Mais au-delà de l'intimité de ses deux personnages principaux, le film parle avec une grande acuité et justesse de la création artistique et de la place (confinée) de la femme dans la société. Sans être militant, le film est effectivement féministe avec son quatuor d'actrices qui laisse les hommes hors champ. Adèle Haenel est magnifique mais la révélation est sans conteste Noémie Merlant, absolument renversante. La complicité de ce duo nous offre des moments bouleversants d'où l'ironie et l'humour ne sont d'ailleurs pas absents, à travers des dialogues joliment troussés. Portrait d'une jeune fille en feu est non seulement le meilleur long-métrage de Céline Sciamma mais aussi l'un des meilleurs films français de l'année, haut la main.

 

Atlantique, Mati Diop, sortie le 2 octobre

 

 

Le deuxième court-métrage de Mati Diop s'intitulait Atlantiques et racontait la traversée de l'océan par un jeune sénégalais. Avec son premier long, la réalisatrice a changé de perspective en s'intéressant à l'odyssée de Pénélope plus qu'à celle d'Ulysse. Avant tout, la cinéaste a tenté de livrer un récit qu'elle aurait aimé elle-même voulu voir à l'écran et Atlantique se retrouve ainsi à un carrefour de genres, sans se décider vraiment à en privilégier un plutôt qu'un autre : conte fantastique, enquête policière, manifeste politique, drame social, histoire romantique, essai documentaire ... C'est très séduisant sur le papier mais encore faut-il maîtriser parfaitement sa narration et équilibrer éléments réalistes et poétiques. Atlantique est hélas trop inégal, alternant très belles scènes et moments plus anodins quand l'intrigue ne devient pas brouillonne ou confuse. Le film manque aussi d'une direction d'acteurs plus soutenue, les interprétations étant pour le moins inégales. Mati Diop, qui se définit comme métisse, ouverte à toutes sortes d'influences, a réalisé un premier film courageux, ambitieux et original dans lequel circule une grande liberté de ton. Certes, il est aussi maladroit, voire peu lisibles par endroits, mais il contient tout de même beaucoup de promesses pour l'avenir.

 

Les contes de la lune vague après la pluie, Kenji Mizoguchi, 1953

 

 

Bonne nouvelle pour ceux qui aiment Les contes de la lune vague après la pluie, le film le plus emblématique de Mizoguchi (mais est-ce vraiment son meilleur ?). Le film a été superbement restauré et ressort à la fin du mois de juillet 2019. Une bonne occasion de (re)découvrir le film sur grand écran quand on ne l'a vu que dans un cadre domestique. Pas de déception, le film est aussi remarquable que dans les souvenirs avec une maîtrise parfaite de plusieurs intrigues parallèles. Avec, en particulier, une histoire de fantômes japonais somptueusement narré. Mizoguchi s'est inspiré de deux contes fantastiques nippons mais aussi d'une nouvelle de Maupassant pour faire écrire un scénario assez complexe qu'il illumine de son immense talent de conteur et d'illustrateur. Un film où la vanité et la cupidité humaines se paient comptant dans le tourbillon de l'histoire violente du Japon.

 


03/07/2019
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Vu à La Rochelle (5)

Déjà la moitié du festival ! Aujourd'hui, grand voyage : Brésil, Espagne, Chine et Ukraine soviétique, avec le premier film de Kira Muratova.

 

 

Brèves rencontres, Kira Muratova, 1967

 

 

Le premier film de l'ukrainienne Kira Muratova connut quelques problèmes avec la censure, situation qui allait se reproduire tout au long de sa carrière. Ce qu'on lui reprochait ? Trop de flashbacks et une propension au sentimentalisme. Pas faux d'ailleurs, notamment sur le premier point car Brèves rencontres est essentiellement fondé sur les souvenirs amoureux des deux personnages principaux. On pourrait ajouter que le film est très riche en dialogues, un peu bavard même, et que Muratova aime bien passer du coq à l'âne, dispersant de facto l'attention du spectateur. Néanmoins, il est évident dès les premières images que Muratova est une cinéaste talentueuse et qui n'a pas froid aux yeux dans son discours très critique à l'égard de l'administration soviétique. Le film est donc mieux qu'une simple curiosité même s'il est en quelque sorte victime de sa vivacité et sa densité.

 

Viendra le feu, Olivier Laxe, sortie le 4 septembre

 

 

Après Mimosa, Oliver Laxe confirme qu'il est un cinéaste particulier, exigeant beaucoup de patience de ses spectateurs. Viendra le feu se déroule en Galice, au milieu de paysages préservés et autour d'un pyromane repenti (ou pas) et de sa vieille mère qu'il vient aider à la ferme. Dépouillé à l'extrême et contemplatif, le film prend le rythme de la nature et de ceux qui ont choisi de vivre dans cette campagne un peu reculée. Si le film change de braquet avec un évènement considérable (voir son titre), il n'en reste pas moins fidèle à une idée minimaliste, notamment vis-à-vis de son personnage central, fruste et presque mutique. Sa psychologie intéresse peu le cinéaste qui préfère le montrer au quotidien, gardant pour lui ses véritables pensées. Néanmoins, Laxe semble dénoncer la vaine course à la modernité qui passe, par exemple, par la tentation du tourisme. Mais le message passe en douceur, pas appuyé pour un sou, et n'occupe qu'une place dérisoire dans un décor splendide, pourtant menacé. Viendra le feu est un beau film dont l'austérité n'est absolument pas un handicap pour séduire, à condition d'être dans l'état d'esprit idoine pour l'apprécier à sa juste valeur.

 

Bacurau, Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles, sortie le 6 octobre

 

 

Après Les bruits de Recife et Aquarius, le nouveau film de Kleber Mendonça Filho (coréalisé cette fois avec Juliano Dornelles) ne pouvait que créer l'événement. Ancien critique, le cinéaste n'est visiblement pas de ceux qui se reposent sur leurs lauriers et Bacurau est très différent de ses prédécesseurs. Un vrai film de genre, très référencé (de Peckinpah au Cinema Novo, voire le western spaghetti). Un film fantastique, censé se passer dans un futur proche, mais que Mendonça préfère qualifier d'historique (et il prouve dans les scènes finales de Bacurau). Le mieux est d'en savoir le moins possible pour apprécier à sa juste valeur un film riche de tonalités très différentes, du gore au grotesque, au point qu'il est parfois impossible de déterminer s'il faut en rire ou en frémir. Pour les amoureux d'Aquarius, en particulier, le passage à Bacurau est franchement déstabilisant, surtout que l'entrée en matière est un tantinet laborieuse, le temps de comprendre de quoi il s'agit vraiment. Il ne s'agit pas que d'un film d'action ou d'un western, mais bien d'une oeuvre à fortes résonances politiques (voir le rôle des personnages américains et de la collusion du pouvoir brésilien) et sociales. Très dense et d'une grande opulence thématique, Bacurau peut se révéler une expérience en partie insatisfaisante, faute d'en saisir immédiatement tous les contours. Une fois digéré, le film mérite sans aucun doute une deuxième vision, histoire de mieux profiter de tous ses niveaux de compréhension. Et lire ce qu'en dit lui-même Kleber Mendonça Filho est tout à fait éclairant et passionnant.

 

Trois aventures de Brooke, Yuan Qing, sortie en novembre

 

 

Le distributeur de Trois aventures de Brooke parle d'un "enfant caché de Rohmer et Hong Sang-soo." Effectivement, il y a de cela mais l'impression reste quelque peu évanescente devant un film qui manque un peu de personnalité. Yuan Qing nous raconte trois petites histoires parallèles, avec le même point de départ et une héroïne récurrente, une jeune "touriste" chinoise égarée dans un coin de Malaisie. Le premier récit est charmant et inachevé, le second bien plus anodin et très bref et le troisième plus profond et s'attachant à révéler les vraies raison du voyage de son personnage principal en terre inconnue, aux côtés d'un écrivain français (Pascal Greggory) dont la présence est plutôt incongrue. Le ton est assez léger dans l'ensemble et convainc moins dès lors que les dialogues entendent évoquer le sens de la vie. Globalement, Trois aventures de Brooke se révèle bien trop sage et ne cherche pas à s'engager sur la piste de l'absurde alors que son type de narration le permettait. Peut-être que dans les paysages de rizières ou de plages solitaires où l'action se déroule, il manque à ses personnages de consommer quelques breuvages euphorisants (comme chez un certain cinéaste coréen) pour que leurs aventures prennent davantage de relief, au-delà de conversations assez convenues.

 


02/07/2019
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Vu à La Rochelle (4)

L'événement du jour ? Les misérables, bien sûr. Vus aussi : un inédit britannique et un Sjöström.

 

 

Larmes de clown, Victor Sjöström, 1924.

 

 

Toute l'ironie de la vie est contenue dans le deuxième film américain de Victor Sjöström, original et symboliste, mais auquel on peut préférer d'autres oeuvres du maître : Les proscrits et Le vent, par exemple. Qu'est-ce que la vie ? La mort ? L'amour ? nous questionne l'un des derniers cartons de Larmes de clown. On pourrait ajouter : et le rire alors ? Il est très présent dans le film, sous toutes ses formes : consolateur, vengeur, résilient, tragique, etc. Le monde est un cirque et nous sommes tous des clowns, soumis au jugement des autres et ballottés par la vie, ses trahisons et ses vaines espérances. Certaines scènes du film peuvent être perçues comme tragiques ou comiques, selon la sensibilité du spectateur (celle du lion, en particulier). Il est étonnant de voir une salle partagée entre ces deux extrêmes, influencée malgré tout par l'accompagnement musical. Lon Chaney est assez incroyable dans le rôle principal et vaut à lui seul de jeter un oeil à ce film inclassable.

 

The Souvenir, Joanna Hogg, sortie indéterminée.

 

 

The Souvenir est manifestement un film en partie autobiographique d'une réalisatrice encore peu connue en France, Joanna Hogg. Le film, situé dans les années 80, évoque ses années d'études cinématographiques et sa liaison toxique avec un héroïnomane. Fragmenté et elliptique, The Souvenir multiplie les instantanés autour de son héroïne, comme une toile impressionniste, ne distillant les informations que de façon parcellaire. On a parfois le sentiment que certaines scènes ne vont pas jusqu'au bout, comme coupées dans leur élan, et les morceaux musicaux qui les accompagnent subissent le même sort. On peut y voir une certaine suffisance dans la mise en scène, le résultat relevant d'une certaine esthétique mais totalement dénuée d'émotion. C'est d'autant plus dommage que l'actrice principale, Honor Swinton Byrne (fille dans la vie de Tilda Swinton, plus effacée dans le film), est remarquable, tout comme Tom Burke, dont le physique et le jeu rappellent certains comédiens de l'époque du Free Cinema.

 

Les misérables, Ladj Ly, sortie le 20 novembre

 

 

Il est toujours difficile de prédire le succès d'un film mais Les misérables a vraiment toutes les cartes en mains pour en devenir un de grande ampleur. Parce qu'il est très efficace, tendu comme un arc et finalement consensuel, dans la bonne acception du terme, à savoir qu'il ne condamne personne a priori et fait preuve d'une certaine bienveillance. De là à dire qu'il ménage la chèvre et le chou est un peu excessif mais il est vrai qu'il ne s'attarde pas sur certains sujets que les journaux ont l'habitude de relier à la banlieue, à tort ou à raison : la radicalisation religieuse et les trafics en tous genres, par exemple. Ceci énoncé et si l'on oublie quelques blagues à deux balles, Les qualités de ces Misérables dépassent de loin ses quelques défauts. Comme dans un bon thriller, nous découvrons l'univers de Montfermeil en même temps qu'un policier novice en ces lieux et qui sera l'élément raisonnable et équilibré du film (excellent Damien Bonnard). Non dépourvu d'humour, le film de Ladj Ly parvient à portraiturer des personnages représentatifs sans tomber dans les clichés, en les humanisant, même sans avoir le temps de creuser davantage. Mais c'est dans la maîtrise des scènes d'action, jusqu'à la toute dernière, que Les misérables convainc le plus, ayant montré par ailleurs qu'une simple étincelle pouvait déclencher un engrenage de violence inextinguible. Ce n'est pas nouveau mais c'est diablement percutant. Son Prix du Jury à Cannes va permettre au film de toucher un public plus large que celui qu'il pouvait déjà viser. Son réalisme social, sa pertinence narrative et sa morale acceptable devraient faire le reste. Le carton commercial, s'il arrive, sera largement mérité.

 


02/07/2019
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Vu à La Rochelle (3)

2/3 patrimoine, 1/3 avant-première : c'est le cocktail du jour. Avec un trio de films très divers et remarquables, ce qui me ravit.

 

 

Tlamess, Ala Eddine Slim, sortie indéterminée

 

Après la découverte du très singulier The Last of us, le nouveau film du réalisateur tunisien Ala Eddine Slim semble vouloir nous perdre encore davantage, jusque sur les rivages du fantastique. Tout débute pourtant de façon réaliste dans Tlamess mais cela ne dure qu'un moment et il n'y a d'autre choix que de se laisser entraîner dans des paysages inattendus qu'ils soient mentaux ou non. Mais cette fois, le cinéaste, s'il continue à nous parler de solitude et de vie en dehors de la société, va plus loin et prend des risques dans une fable déconcertante où il convoque aussi bien Adam et Eve que Robinson Crusoé et même 2001, Odyssée de l'espace. Contrairement à The Last of us, Tlamess n'est pas muet quoique les moyens de communication subissent parfois quelques aménagements surprenants. Capable d'étirer des scènes au maximum, Ala Eddine Slim est parfois adepte de coupes au noir très brutales. Le film est un objet fascinant et ésotérique mais attention tout de même à ne pas trop opacifier le propos que certains pourraient avoir la tentation de qualifier de "n'importe quoi." Il n'est pas interdit de penser à Weerasethakul, Tlamess donnant l'impression d'une expérimentation d'abord sensitive avant d'être intellectuelle. Il faut juste accepter de se laisser entraîner dans une aventure visuelle et narrative à part et accepter de ne pas chercher à en comprendre le fin mot. Quoiqu'on aimerait bien connaître un peu mieux les intentions du scénario, quand même.

 

Le feu follet, Louis Malle, 1963

 

 

Copie impeccable et projection sur grand écran : c'est une véritable redécouverte du film quand on ne l'a pas revu depuis très longtemps, et seulement dans son salon. Ah, le grain de peau de Ronet et de sa compagne, dans les premières scènes ! Et ce Paris du début des années 60, l'atmosphère des cafés et les voitures de l'époque dans une circulation déjà bien engorgée. "Demain, je me tue" dit le héros mélancolique de cette adaptation plus que parfaite de Drieu. Chronique d'un suicide annoncé, après une vie d'excès, soit un thème qui, on le sait, parlait à Malle et à son acteur principal, dont la prestation est splendide. On peut écrire à l'envi et théoriser sur Le feu follet mais ce ne sont que bavardages. Il est surtout urgent de le (re)voir et exclusivement en salle pour en déguster jusqu'à la lie l'élégance du désespoir.

 

Les proscrits, Victor Sjöström, 1918

 

 

Tiré d'une histoire islandaise se passant au milieu du XIXe siècle et tourné en grande partie dans les décors naturels de Laponie, Les proscrits marque le début de la période créatrice la plus féconde de Victor Sjöström. Découpé en 7 parties très homogènes, le film raconte un grand amour qui ne peut se vivre qu'en dehors de la communauté villageoise qui poursuit les deux amants de leur vindicte. On n'est pas si loin de Borzage et des merveilles romantiques et tragiques de la fin du muet. Un siècle après sa sortie, Les proscrits enthousiasme par sa mise en scène qui maîtrise les flashbacks à la perfection et sa grande pureté narrative. Le film est moins connu que La charrette fantôme ou Le vent mais il est leur égal dans la splendeur visuelle. Un hymne à l'amour et à la nature qui tutoie parfois le sublime. A découvrir si possible sur grand écran et avec accompagnement musical.

 


30/06/2019
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Vu à La Rochelle (2)

Une journée à 4 films. J'ai décidé de ne pas aller au-delà et même de me limiter à seulement 2 et 3, comme les deux prochains jours. Loach, Palmason et le letton Kursietis étaient à mon programme. De même qu'un premier Sjöström.

 

 

A white, white Day, Hlynur Palmason, sortie le 29 janvier 2020.

 

 

Petite inquiétude pendant les premières minutes de A white, white Day, le deuxième film de Hlynur Palmason après le très étrange Winter Brothers. L'entame du film est très symbolique et n'annonce en rien la narration rugueuse qui va venir. Une histoire de deuil, de vengeance ou de résilience, l'on ne sait pas encore trop mais cela ne sera pas dans un registre hollywoodien, c'est une certitude. Le film ne cherche pas du tout à séduire avec son héros tourmenté par une jalousie tardive et plus taciturne qu'un glacier islandais. L'acteur qui l'interprète, Ingvar Sigurdsson, que l'on connait bien, est d'ailleurs tout à fait prodigieux. Le côté abrasif de A white, white Day est heureusement atténué par la très belle relation entre le personnage principal et sa petite-fille, une gamine extraordinaire dont l'intelligence intuitive compense la lourdeur des machos qui l'entourent. Moins chiadé et arty que Winter Brothers, beaucoup plus accessible et surtout extrêmement émouvant in fine, le deuxième long-métrage de Palmason est à l'image des paysages islandais : rude et parfois austère mais très beau, à condition que le climat soit apaisé.

 

Sorry we missed you, Ken Loach, sortie le 23 octobre.

 

 

Jusqu'à ses derniers instants de cinéaste, Ken Loach n'en démordra pas et continuera d'enfoncer le clou avec opiniâtreté contre les ravages du libéralisme. Pour autant, le cinéaste anglais ne tourne jamais le même film, s'ingéniant à faire le portrait d'hommes et de femmes qui luttent pour exister dans un système où la loi du plus fort et du plus riche ne fait pas de quartiers. La petite famille de Sorry we missed you est typiquement loachienne presque jusqu'à la caricature, dominée par deux figures féminines, les plus sensées, les plus bienveillantes et certainement les plus courageuses : la mère, admirable, et sa fillette, qui l'est tout autant. La dernière partie du film, suite d'avanies dramatiques est un peu trop chargée et rappelle que ces dernières années Loach a souvent la main un peu lourde et démonstrative (voir Moi, Daniel Blake). Mais bon, on peut l'exonérer de ces pesanteurs au vu de la grande humanité qui se dégage de Sorry we missed you. Et si sa mise en scène brille moins qu'à l'époque de ses plus grands films (en gros dans les années 90), ses scénarios ont toujours non seulement du sens mais ne lâchent pas prise, socialement parlant. C'est ce qui s'appelle avoir de la constance et une conscience qui ne baisse pas la garde.

 

Oleg de Juris Kursietis, sortie le 30 octobre.

 

 

Comment peut-on être letton dans l'Europe d'aujourd'hui ? Autant dire personne ou presque, boucher anonyme dans une usine belge, comme Oleg dans le deuxième long-métrage éponyme de Juris Kursietis. Le migrant dont parle le cinéaste letton ne vient pas d'un autre continent mais bien de l'autre bout de l'Europe et sa situation n'en est pas moins précaire et ses capacités d'évolution proches de zéro pour peu qu'il tombe dans certains pièges. Oleg pourrait être un film des frères Dardenne, dans la forme, réalisme et caméra à l'épaule, et dans le fond. Kursietis semble pourtant hésiter entre plusieurs registres : psychologique, avec la quête identitaire de son personnage principal ; nerveuse, en adoptant certains codes du film noir mais n'en épousant pas vraiment le rythme. Un peu assis entre deux chaises, doté pourtant d'une écriture sèche et efficace, Oleg s'en remet un peu trop facilement à un symbolisme libérateur qui s'exprime notamment par une voix off, heureusement assez peu présente, et des images aquatiques bien convenues. Voici un film intéressant et éclairant par ce qu'il montre mais au cheminement narratif finalement sage et attendu.

 

Le vent, Victor Sjöström, 1928

 

 

Une projection sur grand écran et accompagné au piano, voilà qui assurément donne du souffle à un film muet qui n'en manque pas : Le vent de Victor Sjöström. On a dit avec raison que le film marque une rencontre épique : celle du cinéma européen avec les grands espaces américains. Jamais en tous cas, cette synthèse impossible ne s'est aussi bien matérialisée. Evidemment, c'est aussi l'un des derniers très grands films de l'époque du muet avant que le parlant n'emporte tout sur son passage. Après cette symphonie lyrique du nouveau monde, Sjöström ne retrouvera plus la main. Quant à Lilian Gish dont le visage de tragédienne illumine le film, elle ne reviendra vraiment à l'écran que dans les années 40.

 


29/06/2019
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Vu à La Rochelle (1)

Oh, le beau film d'ouverture ! It must be Heaven est un film parfait pour débuter le Festival de cinéma de La Rochelle.

 

 

It must be Heaven, Elia Suleiman, sortie le 4 décembre.

 

 

Cela faisait 10 ans que Elia Suleiman ne nous avait pas donné de nouvelles et franchement, son ton si particulier a manqué au cinéma mondial. Le jury de Cannes ne s'y est pas trompé, décernant à It must be Heaven un prix spécial. Spécial, c'est le mot, et ô combien rafraîchissant. Chez l'homme de Nazareth, l'endroit où il est né et où il vit, point besoin d'une véritable narration, ses films progressent au fil de scènes admirablement réglées et chorégraphiées. Lui, le spectateur du monde, se filme en passager lunaire entre Keaton et Tati, traquant l'absurde des situations qui se déroulent sous ses yeux, que cela soit en Palestine, à Paris ou à New York. Qu'on ne s'y trompe pas, derrière le burlesque et la poésie surréaliste de It must be Heaven, Suleiman le magnifique nous fait part de ses inquiétudes et de ses angoisses avec un faux minimalisme qui fait joliment mouche. Le Paris qu'il décrit est d'abord fantasmé (séquences sublimes) puis beaucoup plus réaliste avec les inégalités sociales et l'omniprésence policière. Mais si le cinéaste ne force pas le trait, il nous oblige à rire en créant du désordre ou en soumettant un certain nombre de clichés (c'est encore plus vrai à New York) à sa propre volonté. Avec ce film impressionniste, Elia Suleiman prend le risque d'ennuyer les spectateurs qui ont besoin d'une histoire bien charpentée. Mais même si certaines saynètes sont moins convaincantes que d'autres, c'est inévitable, le réalisateur palestinien réussit à imposer son regard scrutateur, narquois et lucide. Et la plupart du temps, c'est plus jubilatoire qu'angoissant parce qu'il a la politesse de montrer la comédie humaine plus que sa face tragique.

 


28/06/2019
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9 jours à Fribourg (9)

 

Et voilà, c'est la fin. Avec encore du peu conventionnel : un film allemand intitulé Un chat dysfonctionnel et une comédie romantique venue des Philippines. Original jusqu'au bout, ce Festival de Fribourg mais globalement décevant sur l'ensemble de sa programmation.

 

Le chat dysfonctionnel (Die defekte Katze) de Susan Gordanshekan, Allemagne

 

 

Qui dit mariage arrangé au cinéma signifie souvent grande souffrance pour l'épouse qui, la plupart du temps, n'a rien demandé. Pour le couple d'iraniens de Die defekte Katze, le schéma n'est pas tout à fait le même, cette union étant librement consentie par l'homme, qui vit en Allemagne, et la femme, qui va le rejoindre. Leur expérience de l'exil n'est pas la même et c'est en partie ce qui va faire "dysfonctionner" ce couple. Il n'est pourtant pas si mal assorti et chacun d'entre eux est prêt à faire les efforts nécessaires. Mais est-ce suffisant quand on n'y trouve pas son équilibre (Il travaille mais pas elle) et qu'on est en train de perdre son identité ? La réalisatrice a nettement plus axée son scénario sur la femme qui apparait comme dotée d'un caractère fort et pas décidée à se laisser dicter une loi masculine. Avec sa fin ouverte, Die defekte Katze laisse planer l'incertitude sur le devenir de ses personnages. Quant au chat du titre, il y a un moment où il a tout bonnement disparu. Dysfonctionnel, sans doute, mais aussi avec l'envie de respirer un autre air, ailleurs.

 

 

Rendez-vous à Saint-Gall (Meet me in St. Gallen) de Irene Emma Villamor, Philippines

 

 

La comédie romantique est un genre qui s'exporte aisément et qui obéit toujours peu ou prou aux mêmes ressorts narratifs. Il y a des variantes locales, tout de même, comme ce Meet me in St. Gallen qui est non pas suisse mais bel et bien philippine. Il y a bien une rencontre impromptue entre deux jeunes gens bien mis de leurs personnes et tout un tas d'obstacles qui font qu'ils n'arrivent jamais à vivre pleinement le tendre sentiment qui les tenaille. Sauf qu'on a bien l'impression que ce sont les aléas du scénario qui compliquent à loisir cette histoire qui aurait pu être très simple. Mais elle est surtout bavarde, nos deux héros palabrant jusqu'à plus soif sans que la profondeur de leurs échanges ne soit vraiment avérée. Que le dénouement intervienne sous la neige suisse, à l'époque de Noël, est une coquetterie assez difficilement explicable et offre une fin qui ne satisfera ni les âmes romantiques ni ceux qui abhorrent le sirop à l'eau de rose.                                                                                                                                         

 


23/03/2019
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