Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Festival


Version Latino (7)

La nouvelle fille (La chica nueva), Micaela Gonzalo, Argentine

Jimena se rend en Terre de Feu pour rejoindre son demi-frère Mariano. Grâce à lui, elle trouve un emploi mais une grève éclate dans son usine. Premier film d'une jeune réalisatrice argentine, visiblement nourrie à l'école du naturalisme. Beaucoup de choses intéressantes dans cette prise de conscience sociale d'une jeune fille démunie et un peu perdue mais un certain manque de profondeur due à une durée trop brève du métrage et à quelques raccourcis narratifs. Le récit s'attache presque exclusivement à Jimena, insaisissable mais attachante et dont on perçoit l'ouverture au monde après une période difficile (la folie de sa mère ?) et la découverte de nouveaux sentiments, amoureux et d'appartenance à un groupe.

 

Note : 6,5/10

 

Uzi, José Luis Valle, Mexique

Uziel est un septuagénaire qui tient des bains-douches délabrés. Il vit en compagnie de son crabe, Ancien tueur à gages, il reçoit de son unique client un ultime contrat. Avec son humour discret et pince-sans-rire, qui rappelle le cinéma de Kaurismäki, Uzi est un film qu'il est plutôt doux de déguster même si son rythme languissant pourrait parfois susciter l'endormissement. Mais son personnage principal est attachant et le film s'amuse beaucoup à tordre les apparences, avec pour toile de fond le sirop des télénovelas et la violence des titres de la presse populaire, tout en se posant des questions essentielles et existentielles du genre : "à quoi peuvent-bien rêver les crabes ?"

 

Note : 6;5/10

 


27/03/2021
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Version Latino (6)

Maison d'antiquités (Casa de antiguidades), Joao Paulo Miranda Maria, Brésil

Cristovam travaille dans une enclave autrichienne du sud du Brésil. Dans une maison abandonnée, il découvre des objets qui lui rappellent ses origines. Casa de Antiguidades répond parfaitement à la définition d'un OFNI. Après avoir vu ce premier-long métrage opaque, mieux vaut écouter le réalisateur expliquer ses intentions. "Il s'agit de l'invasion de l'invisible dans le visible." dit-il. Ah, voilà donc qui explique ce mélange de folklore de l'arrière-pays brésilien et de fantastique animiste et horrifique, dans un univers autrichien très marqué. Grotesque, drôle (involontairement ?) et hermétique, tel est Casa de antiguidades.

 

Note : 4,5/10

 

La cité des fauves (La ciudad de las fieras), Henry Eduardo Rincon Orozco

Après avoir perdu sa mère, Tato, 17 ans, féru de hip-hop, est envoyé à la campagne auprès de son grand-père qu'il ne connait pas. Medellin, ses combats de coq, ses joutes de rap et ses bandes armées ... Et la ruralité autour, avec son mode de vie traditionnelle et ses poules pondeuses. Le film de Rincon Orozco est une sorte de passage à l'âge adulte, avec reconnexion à une histoire familiale tue jusqu'alors. La violence de la ville est une toile de fond mais La ciudad de las fieras se décline plutôt sur un mode doux, célébrant l'amitié, les racines et la musique, qu'elle que soit sa forme. Rien d'époustouflant ou de franchement nouveau mais un film assez harmonieux qui n'a pas peur des sentiments et qui aime ses personnages.

 

Note : 6,5/10

 


26/03/2021
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Version Latino (5)

J'ai peur, toréro (Tengo miedo torero), Rodrigo Sepulveda

Dans le Chili de Pinochet, une relation particulière se noue entre un travesti sur le déclin et un activiste communiste. Au-delà d'une romance peut-être improbable, Tengo miedo torero propose un nouveau regard sur la dictature chilienne. La mise en scène est classique et l'humeur mélancolique et l'on retient surtout le caractère humaniste de l'ensemble et sa dignité, jusqu'au bout des convictions et des modes de vie de chacun. Le grand acteur chilien Alberto Castro, au talent au moins aussi égal à celui de Ricardo Darin, livre une performance unique en "vieille folle" qui se met en danger plus par amour que par idéologie.

 

Note : 7/10

 

Perro bomba, Juan Caceres, Chili

Après avoir frappé son patron, un jeune Haïtien perd son travail et se voit stigmatisé par sa communauté. Il erre dans Santiago du Chili. Mode naturaliste pour Perro bomba, qui ne quitte pas d'une semelle son personnage principal, en pleine galère. Pas plus que l'Europe, le Chili n'est pas un eldorado pour les migrants, surtout quand la couleur de peau les expose au racisme. Malgré quelques intermèdes musicaux bienvenus, le film de Juan Caceres manque un peu de variété et d'un scénario plus développé, valant surtout pour son aspect documentaire puisqu'il est le premier long-métrage chilien à s'intéresser à la nouvelle population afro-descendante, venue travailler dans le pays. Une Haïtienne de vie qui reste sans espoir d'avenir.

 

Note : 5,5/10

 


25/03/2021
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Version Latino (4)

Exil (Desterro), Maria Clara Escobar

Laura est mariée et a un fils mais ne se sent guère rattachée à eux. Elle part pour l'Argentine et y trouve la mort. Le premier long-métrage de la brésilienne Maria Clara Escobar, par ailleurs poétesse, est pour le moins curieux et déconcertant. Par ses cadrages, souvent insolites, et ses digressions, multiples, entre monologues face à la caméra ou scènes musicales. Le film est divisé en trois parties, la troisième précédant la seconde, chronologiquement parlant, un dispositif qui autorise un (faux) suspense. Il y est question d'enfermement familial, d'ouverture au monde et d'autres choses assez obscures, dans un maniérisme qui tue toute émotion. Pas totalement ennuyeux, Desterro affiche des prétentions

auteuristes qui en réduisent de façon sensible ses qualités.

 

Note : 5,5/10

 

Fauna, Nicolas Pereda, Mexique

Un frère et une sœur rendent visite à leurs parents dans un petit village mexicain isolé. La sœur est accompagnée de son petit ami, comédien. 70 minutes seulement et comme une impression d'inachevé dans le film de Nicolas Pereda qui se sert d'une mise en abyme pour intriguer le spectateur et jouer avec lui en évoquant les clichés persistants du Mexique (drogue, virilité). Il ne s'y passe rien d'extraordinaire mais le côté ludique et absurde est plutôt divertissant et les acteurs, dans plusieurs rôles, sont tous excellents. Sans oublier un humour subtil qui rend le film plaisant quoique frustrant de par sa brièveté.

 


24/03/2021
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Version Latino (3)

Helen, André Meirelles Collazo, Brésil

Helen, 9 ans, vit avec sa grand-mère dans un immeuble insalubre de Sao Paulo. Elle multiplie les petits boulots pour lui offrir un cadeau d'anniversaire. Point de misérabilisme mais un regard plein d'empathie qui se met intelligemment à hauteur d'enfant, sans niaiserie aucune. Le premier film d'André Meirelles Collazo est une réussite, nourri d'énergie vitale et d'amour des autres, dans des conditions sociales précaires. Portrait d'une fillette débrouillarde et aux aguets, Helen raconte le Brésil d'aujourd'hui, sans fard et sans commisération, recherchant le positif, dans un univers coloré qui fait oublier le caractère délabré des habitations, la recherche permanente du système D et la dissolution des cellules familiales.

 

Note : 7/10

 

La colombe et le loup (La paloma y el lobo), Carlos Lenin, Mexique

Fuyant la violence, Paloma et Lobo s’installent dans une nouvelle ville où ils doivent réapprendre à vivre et à s’aimer. Ils s’adaptent difficilement à cette nouvelle existence faite d’exploitation, de précarité et de rejet. Attention, film d'auteur jusqu'au bout des ongles ! L'amour, comme rempart d'argile, si fragile, dans une société où l'homme est un loup pour l'homme, tel est peu ou prou le message du premier long-métrage de Carlos Lenin. Malheureusement, l'enchaînement des scènes parait bien aléatoire, le monteur ayant eu peut-être carte blanche pour travailler à sa guise. Le film s'étire en de très longs plans séquences, avec des voix off parfois sans relation avec les images et dans la répétition de moments de tension, plus entendus que vus. Un film parfait pour les festivals mais terriblement ennuyeux si l'on n'est pas dans l'humeur adéquate.

 

Note : 3,5/10

 


23/03/2021
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Version Latino (2)

Mille et une (Las mil y una), Clarisa Navas, Argentine

Dans la ville de Corrientes, en Argentine, Iris vit dans une cité délabrée où elle déambule avec son ballon de basket. Elle rencontre Renata, une jeune femme fascinante. Le deuxième long-métrage de Clarisa Navas ressemble à l'adolescence, dont elle décrit le passage, long, insipide et ennuyeux. La réalisatrice sait de quoi elle parle, ayant grandi à Corrientes, et l'authenticité de son film n'est pas critiquable mais sa mise en scène "à la Dardenne' n'incite pas vraiment à l'enthousiasme. Il y est beaucoup de questions de pratiques sexuelles, dans un environnement où les notions de genres et de préférences sont volontairement effacées, pour mieux s'éloigner des valeurs traditionnelles du patriarcat. Les intentions sont bonnes mais la facture languissante et l'absence d'empathie pour les personnages usent la patience.

 

Note : 4/10

 

Blanc sur blanc (Blanco en blanco), Théo Court, Chili

Au début du XXème siècle, un photographe arrive en Terre de Feu pour tirer le portrait de la future épouse d'un propriétaire terrien, qui n'est qu'une enfant. Film d'atmosphère, Blanco en blanco est un néowestern aux accents funèbres qui montre comme un artiste peut être dévoyé contre son gré et participer à un crime contre l'humanité. Très austère, le long-métrage de Théo Court évoque avec sang froid le génocide des populations indigènes chiliennes, qui n'a rien à envier à celui commis en Amérique du Nord. Le rythme, très lent, et le manque de fluidité nuisent un peu à l'intérêt pris à un film qui de peur de tout expliquer fait parfois le choix d'ellipses frustrantes.

 

Note : 6/10

 


22/03/2021
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Version Latino (1)

 

C"est parti pour le Festival Cinélatino en ligne. Avec pour commencer des films argentin et mexicain.

 

La pause déjeuner (Planta permanente), Ezequiel Radusky, Atgentine.

Lila et Marcela, deux amies, sont agentes d'entretien dans une administration d’État où elles gèrent également une cafétéria. L'arrivée d'une nouvelle directrice change la donne. Rien d'excitant au demeurant dans ce film qui se passe pour la plus grande partie au travail mais son apparente douceur ne cache pas les tensions et la violence souterraine à l’œuvre. Au-delà de la peinture sociale et des évolutions du management, qui ne sont pas limitées au contexte argentin, Planta permanente est aussi le récit d'une belle amitié mise à mal. A saluer l'interprétation remarquable de Liliana Juarez, dont le physique apparemment mou et la démarche lymphatique dissimulent un courage et une énergie absolus. A l'image de l'ensemble du film, sa performance est empreinte d'une grande finesse.

 

Note : 7/10

 

Sanctuaire (Santuario), Joshua Gil, Mexique

Dans un petit village mexicain pris en étau dans la guerre que se livrent l'armée et les cartels, un petit garçon s'échappe dans la forêt pour implorer les dieux de la nature de lui rendre sa mère... Si le film de Joshua Gil a pour première ambition d'alerter sur la condition tragique de paysans mexicains qui n'ont d'autre choix que de cultiver le cannabis en faisant les frais de la lutte entre trafiquants de drogue et État, il s'éloigne assez souvent du réalisme documentaire. Une vision mystique et cosmogonique qui apparente Santuario au fantastique, avec effets spéciaux à la clé, qu'il soient sonores ou visuels. Le film est une expérience sensorielle, rappelant les essais de Malick ou de Weerasethkul, qui emporte ou laisse de côté, c'est selon. Dans la version proposée par Cinélatino manquaient les sous-titres, oubli fâcheux qui empêche de comprendre davantage de quoi il est question.

 

Note : 5/10

 


20/03/2021
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Ramdam à Rotterdam (9)

 

La ligne d'arrivée est proche à Rotterdam. Je pars en Lettonie, à Hong-Kong, en Géorgie et en Argentine, avant le clap de fin.

 

L'année avant la guerre (Gads pirms kara), Davis Simanis, Lettonie.

Portier d'un hôtel de Riga, Hans est pris pour un terroriste et fuit vers la Suisse. Il rejoint ensuite les rangs des anarchistes. Et ce n'est que le début de ses mésaventures entre Vienne, Paris, Prague, Londres et la Sibérie. L'occasion pour notre homme de rencontrer Lénine, Trotski, Freud, Kafka et une fiancée qui pourrait bien être la future Mata Hari. Comment qualifier le film du letton Davis Simanis ? De fantaisie historique ? Oui, sauf que la fantaisie a tout du cauchemar dans la marmite européenne, un an avant le coup de feu de Sarajevo. Mieux vaut laisser son cartésianisme de côté pour cette épopée loufoque qui entremêle les courants de l'époque, de l'anarchisme au communisme, dans un bouillon de culture à perdre l'esprit. C'est à la fois sinistre et drôle, très original en tous cas, dans un noir et blanc qui essaie de retrouver l'esprit du cinéma muet. Comment dit-on OVNI en letton ?

6/10

 

A la dérive (Zuk seio piu lau), Jun Li, Hong Kong.

A sa sortie de prison, Fai retrouve ses compagnons SDF. Mais, sans préavis, le gouvernement hongkongais détruit leurs habitations de fortune. Une association aide les sans logis à intenter un procès. Dans l'environnement furieusement vertical de Hong Kong, les SDF survivent tant bien que mal malgré le harcèlement des autorités. Pour Jun Li, le jeune réalisateur de A la dérive, le plus important n'est pas l'histoire individuelle des occupants horizontaux mais la manière dont ils sont traités et le problème de plus en plus crucial de l'écart entre les plus riches et les plus pauvres. Cela n'empêche pas le film de susciter l'émotion, non par le biais d'un misérabilisme malvenu, mais en montrant l'humanité de ses personnages marginaux (magnifique interprétation d'ensemble). Il y a de très belles scènes dans le film, pleines de dignité, sans pour autant chercher à tout prix à solliciter les glandes lacrymales. Jun Li, qui avait traité dans son premier long-métrage de la question des transgenres, semble en tous cas bien décidé à montrer d'autres facettes de Hong Kong, loin des clichés touristiques.

7/10

 

Bebia, à mon seul désir, Juja Dobrachkous, Géorgie.

A la suite du décès de sa grand-mère Bebia, Ariadna retourne dans son village natal, en Géorgie. Elle apprend qu'elle doit effectuer un rituel ancien en tant que dernière de la famille. Un périple qui doit la voir dérouler un fil entre l'hôpital ou est morte Bebia et sa maison où elle repose, afin de reconnecter son âme à son corps. Le sujet est très personnel pour la réalisatrice Juja Dobrachkous puisqu'il se réfère à ses propres racines et souvenirs. La mise en scène flottante du film s'attache aux détails mais dresse un tableau d'ensemble plutôt confus. Pa railleurs, les scènes d'enfance où Ariadna est en pension, marquent un aller-retour constant entre passé et présent sans expliquer véritablement pourquoi l'héroïne est sans cesse en conflit avec sa famille et rejette toutes la tradition funéraire géorgienne. Le noir et blanc est de rigueur et la somptuosité des paysages du pays est indéniable mais c'est comme si la cinéaste construisait son propre monde cinématographique sans vouloir tendre la main au public, en éclaircissant son récit. Ainsi en est-il des rapports entre Ariadna avec sa grand-mère et sa mère, qu'elle a voulu fuir dès qu'elle a pu. Dommage que le film soit trop long et structurée de manière aussi bancale, il avait des ingrédients pour séduire davantage.

5,5/10

 

Le chien qui ne se tait pas (El perro que no calla), Ana Katz, Argentine.

La vie de Sebastian, trentenaire, à plusieurs périodes, alors même que la fin du monde pourrait être proche. El perro que no calla commence par une discussion entre voisins à propos du chien de Sebastian qui ne cesse de se lamenter. Mais c'est une fausse piste, le film n'est pas une comédie sociale mais une sorte de dystopie où un événement inexplicable se produit, rappelant d'ailleurs notre propre époque coronavirale. Il n'y a pas de transition entre les scènes, seule l'apparence physique du personnage principal (moustache, barbe) permet de noter la progression temporelle. Sebastian est un peu velléitaire mais il poursuit son chemin en acceptant des emplois temporaires tandis que sa vie sentimentale évolue de temps à autre. Pas d'explications données, le film fonctionne par allusions, intégrant quelques séquences d'animation. Symboliquement, El perro que no calla est un portrait un peu inquiétant de notre société au bord du précipice sans le savoir et dans laquelle les humains s'adaptent peu ou prou. La cinéaste argentine Ana Katz met en scène de façon minimaliste, avec une ironie sous-jacente, dans un noir et blanc qui ne cherche pas à éblouir, et termine son film au bout de 70 minutes comme si c'était au spectateur d'imaginer la suite. Une œuvre étrange qui aurait pu être un peu plus pénétrante, sur notre chienne de vie.

6/10

 

 


07/02/2021
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Ramdam à Rotterdam (7)

 

Rotterdam, nouvelle livraison. Des nouvelles de Turquie, du Japon et de la République Dominicaine.

 

Le show Cemil (Cemil sov), Baris Sarhan, Turquie.

Agent de sécurité dans un centre commercial, Cemil rêve de devenir acteur et passe des castings sans succès. Il en vient à s'identifier à une vedette des années 60 du cinéma turc. Baris Sarhan reprend pour son premier long-métrage un personnage de l'un de ses courts mais dans une histoire très différente. Cemil est un homme plutôt timide et maladroit qui va peu à peu se transformer en un perdant flamboyant, et assez pathétique, il faut bien le dire, devenu un clone tardif d'un acteur iconique du cinéma classique turc, bien oublié de nos jours. Ce dernier jouait les méchants séducteurs avec une certaine délectation et Cemil, qui est son opposé, va totalement péter les plombs en regardant les nanars que l'ancienne star a tourné, en boucle. Le film de Sarhan semble lui aussi perdre les pédales et a du mal à se renouveler sur la distance mais le cri d'amour au cinéma est réel et fait accepter des passages laborieux. Dans ce thriller déboussolant, il y a même une femme fatale et quelques bagarres. On s'amuse pas mal même si on est parfois atterré.

6/10

 

Pulsion sexuelle (Sexual Drive), Kôta Yoshida. Japon.

Sexual Drive est un triptyque dont les dénominateurs communs sont le sexe mais aussi la nourriture et un étrange personnage, nommé Kurita, qui intervient chaque fois en déclencheur, comme un Méphistophélàs ex machina. A chaque segment, son lieu : la cuisine d'un appartement, une voiture et un restaurant de ramens. Si chacune des histoires a le sexe pour sujet, c'est uniquement en paroles, plutôt crûment, mais jamais en actes, en passant largement outre les tabous (il est fort question d'urètre dans le volet inaugural). Et c'est bien la bouffe qui relie toutes les dépravations et cette fois de manière explicite avec un érotisme troublant des l'absorption des différents plats. Le film a une dimension irréaliste et comique, même si l'on sourit peu, gêné aux entournures par quelques évocations scabreuses. L'art de la perversion est une spécialité japonaise, Sexual Drive s'inscrit parfaitement dans cette tradition et sa durée limitée (70 minutes) est aussi gage d'efficacité car davantage auraot peut-être provoquer quelques nausées.

7/10

 

Liborio, Nino Martinez Sosa, République Dominicaine.

Au début du XXe siècle, Liborio disparaît mystérieusement, une nuit d'ouragan. Quelque temps plus tard, il revient en tant que prophète, guérit les malades et rassemble de nombreux fidèles. Film historique réalisé par Nino Martinez Sosa, Liborio se démarque assez nettement des clichés du genre, quand il est abordé par les cinéastes latino-américains. Le côté contemplatif n'est pas très marqué et c'est sans doute le long passé de Martinez Sosa en tant que chef monteur qui explique le rythme soutenu du film, qui se caractérise par des scènes courtes et une caméra très mobile. De son sujet, le cinéaste aurait pu faire une œuvre mystique ou baignée de réalisme magique et ce n'est pas le cas, cherchant avant tout la clarté narrative. Ce qui ne l'empêche pas de rendre compte de la beauté et de la luxuriance du paysage dominicain. L'interprétation est plus que correcte, le charisme de l'acteur principal correspondant parfaitement à son rôle de chef religieux bienveillant et tolérant. Liborio est un bon exemple d'un cinéma caribéen qui gagne à être connu.

6,5/10

 


05/02/2021
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Ramdam à Rotterdam (6)

 

Encore des surprises venues de Rotterdam. Des Pays-Bas mais aussi du Brésil et de Corse.

 

Festin (Feast), Tim Leyendekker, Pays-Bas.

En 2007, à Groningen, plusieurs homosexuels qui participaient à des orgies chez des particuliers se sont fait droguer et inoculer du sang contaminé à leur insu. Feast n'est pas un documentaire ni une fiction, autour de cette affaire qui a défrayé la chronique aux Pays-Bas. C'est une œuvre inclassable, signée de Tim Leyendekker, un vidéaste plasticien, et constituée de 7 courts-métrages qui sont autant d'angles, souvent inattendus, pour évoquer ce "scandale" sanitaire. Le point de vue des victimes et de l'instigateur de ces soirées spéciales s'exprime tour à tour (via des acteurs) mais Leyendekker élargit le champ des possibles jusqu'à enregistrer la parole d'une biologiste spécialisée dans les tulipes (il y a un lien, si, si). Le film est aussi bien informatif que provocateur, parfois énigmatique, et même drôle et poétique. Un travail d'artiste conceptuel, une sorte de performance, auquel rien n'oblige à adhérer et qui suscite quand même un certain malaise, tout en ayant pour intérêt majeur de susciter le débat. Y compris sur le matière cinématographique de traiter un tel fait divers.

4,5/10

 

Voiture reine (Carro rei), Renata Pinheiro, Brésil.

Depuis l'enfance, Uno a un rapport unique avec les voitures avec lesquelles il est capable de communiquer. Avec son oncle, il en vient à convertir des épaves en des merveilles technologiques. Inutile de penser à Crash ou à Christine, Carro rei n'a qu'un rapport lointain avec tous les films qui l'ont précédé et ont donné un rôle majeur aux automobiles. Le créneau de Renata Pinheiro, c'est davantage le merveilleux et toute la première partie du film, avec ses aspects naïfs, n'est pas mal du tout. Cela se gâte beaucoup quand le récit se transforme en allégorie sociale et environnementale, dans une progression de plus en plus confuse, comme si une bielle avait été coulée ou une durite pétée. Le film souffre aussi d'une interprétation insipide, à commencer par l'interprète du rôle principal. Là où l'on pouvait espérer flamboyance et baroque à la brésilienne, il n'y a au final qu'une fable tristounette nettoyée de ses plus belles couleurs.

5,5/10

 

I Comete, Pascal Tagnati, France

Les grandes vacances en Corse. Ceux qui vivent à la ville retrouvent ceux qui n’ont jamais quitté le village. Les enfants s’égayent, les ados traînent, les adultes réfléchissent à l’avenir, les aînés commentent le temps qui passe. Cette tapisserie corse, située pendant l'été dans un village jamais nommé, se compose d'une multitude de vignettes et de conversations tour à tour légères, triviales, philosophiques ou dramatiques. Pas vraiment de continuité narrative mais des bribes d'existence saisies à la volée qui parfois intéressent mais souvent indiffèrent car manquant de détails et de précisions, ne facilitant pas la compréhension. C'est le pari de Pascal Tagnati que d'essayer de capter l'âme corse à travers un cinéma-vérité qui explore tantôt ses côtés lumineux, tantôt des aspects plus sombres. L'on regrette tout de même que le tableau soit aussi dispersé, qui parlera nécessairement plus aux autochtones qu'aux étrangers à l'île. Au moins, il a le mérite de tordre le cou à un certain nombre de clichés mais malgré tout un documentaire aurait peut-être plus à même de retenir l'attention, tout en réduisant le nombre de protagonistes et en écourtant une durée de 2 heures qui ne se justifie pas.

4/10

 


05/02/2021
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