Cinéphile m'était conté ...

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Festival


Y'a de l'Arrageois ! (10)

 

Une dernière journée avec 3 films dont 2 remarquables : Jojo Rabbit et Un fils.

Mes pronostics pour le Palmarès se sont trouvés confirmés : le bulgare The Father a obtenu le prix Jeune public, celui de la critique et enfin l'Atlas d'Or. L'italien Dafne a remporté le prix du public et le slovaque Let there be Light, l'Atlas d'argent. En espérant que les trois films sortiront sur les écrans français (pour The Father, c'est certain).

 

Jojo Rabbit, Taika Waititi, Etats-Unis, sortie le 29 janvier 2020

 

 

Pour un membre des jeunesses shitlériennes (sic), qu'y avait-il d'étrange à avoir le Führer lui-même comme ami imaginaire ? Postulat de départ de Jojo Rabbit, au demeurant aussi allumé que son titre, notamment dans sa première partie, mais qui va bien au-delà du sens de l'absurde et du burlesque pour une évocation hors normes et parfois hénaurme de l'Allemagne nazie. Le film est à conseiller au jeune public, en particulier, mais pas seulement, car sa qualité d'écriture, ses dialogues cinglants et sa mise en scène imaginative en font aussi un film d'auteur dans une veine proche de Lubitsch et Chaplin pour ses thèmes et de Wes Anderson parfois, pour sa forme. Mais si certaines parties font penser à ces influences, globalement, le film est inclassable et traverse une palette complète, de l'humour noir à l'émotion pure, en passant par toutes les étapes intermédiaires. Evidemment, Jojo Rabbit rappelle avant tout une évidence toujours utile en des temps troubles comme les nôtres : l'ignorance est mère d'intolérance. Point de didactisme pourtant dans le film qui avec ses allures de conte de Grimm, y compris dans son aspect visuel, ose beaucoup dans le délire sans perdre de vue un côté réaliste. Et sur le sujet même, il est sans doute nécessaire de se souvenir que le cinéaste néo-zélandais Taika Waititi (Boy, Vampires en toute intimité) possède une double ascendance, maorie et juive, qui explique que les notions de tyrannie et de génocide lui sont familières. Pourtant, parler de spectacle jubilatoire avec le sujet que traite Jojo Rabbit peut sembler incongru, voire déplacé, mais ces a priori-là, le film les balaie dès ses premières minutes qui donnent le ton sans que jamais on ne pense à de la provocation ou à du mauvais goût. Waititi joue lui-même le rôle d'Hitler avec une incroyable faconde, au côté d'un jeune acteur prodigieux, Roman Griffin Davis. Le reste de l'interprétation est tout aussi excellent : Scarlett Johansson, Sam Rockwell et Thomasin McKenzie, entre autres. Dans tous les festivals où il a été montré, Jojo Rabbit a été élu meilleur film par le public, notamment à Toronto. Cela signifie que le film touche juste et fort et que, peut-être, les votants aux Oscars seront du même avis. Une statuette, au moins, serait amplement mérité.

 

Disco, Jorunn Myklebust Syversen, Norvège

 

 

Disco, Le deuxième long-métrage de la norvégienne Jorunn Myklebust Syversen, par ailleurs plasticienne reconnue, traite d'un sujet dans l'air du temps : l'embrigadement dans des communautés religieuses que l'on pourra sans trop s'avancer traiter de sectes. L'originalité du film tient cependant à la personnalité de son héroïne, championne du monde de disco, et néanmoins portée sur le spirituel, dans un équilibre personnel quelque peu bancal. Disco, c'est en gros 30% de spectacles à paillettes et 70% de prêche que le film nous assène sans nécessairement donner de point de vue, sans doute sous-jacent, mais quand même ! Le personnage principal danse et chante avec Jésus et pour le reste assiste à des harangues moralistes qui feraient passer le catéchisme pour des sketches d'humoristes. Cet abus de palabres assommantes n'incite pas à la clémence pour un film très répétitif où l'on a tôt fait de se désintéresser des états d'âme un brin opaques de sa danseuse irrésolue.

 

Un fils (Bik Eneich), Mehdi M. Barsaoui, Tunisie

 

 

Le cinéma tunisien témoigne d'une excellente forme ces temps-ci avec Noura rêve (intimiste), Un divan à Tunis (désopilant) et Un fils (stressant). Trois manières de sonder l'état des lieux du pays, même si, dans le cas du dernier, l'année où l'action se passe est 2011, alors que le voisin libyen est à feu et à sang (cela a son importance dans l'intrigue). Si le réalisateur, Mehdi M. Boursaoui, se défend d'avoir voulu faire un film à suspense, c'est pourtant bien son aspect de thriller qui rive le spectateur à son siège dans le dilemme qui se pose à un couple, alors que leur fils a été grièvement blessé dans un attentat terroriste et a besoin d'une transplantation d'urgence. Une situation gravissime qui fait ressortir un secret familial bien gardé et qui permet au récit de jouer sur plusieurs tableaux : intime, social, politique et sentimental. Il y est question notamment de trafic d'organes, de foies en l'occurrence, sujet épineux traité de manière directe. Le scénario a été peaufiné pendant 6 à 7 années et cela se voit tant son écriture est brillante, dans une ambiance ouvertement stressante et donnant du grain à moudre à ses deux interprètes principaux qui livrent une performance impressionnante. Cela n'étonne pas du toujours remarquable Sami Bouajila, au côté duquel la peu connue Najla Ben Abdallah, qui a surtout joué pour la télévision, se hisse largement à son (haut) niveau.

 


18/11/2019
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Y'a de l'Arrageois ! (9)

 

Un avant-dernier jour consacré à grappiller des films dans différentes sections. J'attendais surtout La vérité de Kore-eda et un peu moins le chinois Le lac aux oies sauvages, deux sorties programmées le 25 décembre. Alors, Noël avant la lettre ? Réponse ci-dessous.

 

Negative Numbers, Uta Beria, Géorgie

 

 

Le premier long-métrage du cinéaste géorgien Uta Beria se passe entièrement dans un centre de détention pour mineurs dont le fonctionnement ne correspond pas vraiment à ce dont on a l'habitude. C'est entre autres ce que tente d'expliquer le film qui se disperse beaucoup entre différentes intrigues dont aucune ne s'impose véritablement, au sein d'un ensemble assez rude et plutôt confus. La mise en scène et le montage ne contribuent pas à rendre le film plus clair alors que certains aspects auraient à coup sûr mérité un développement plus important (la résilience et la solidarité via le rugby, par exemple). Mais le réalisateur s'entête à vouloir traiter plusieurs sujets à la fois, se refusant à mettre en avant un personnage plus qu'un autre. D'où un désintérêt qui ne fait que croître pendant la projection.

 

Le lac aux oies sauvages (Nan fang che zhan de ju hui), Diao Yi'nan, Chine, sortie le 25 décembre

 

 

Repéré avec notamment Train de nuit et l'impressionnant Black Coal, Diao Yi'nan figure parmi les cinéastes les plus prometteurs du moment. Ce que Le lac des oies sauvages ne confirme qu'à moitié tant ce polar nocturne et pluvieux se prend un peu les pieds dans le tapis, dans une stylisation extrême dont les qualités d'atmosphère ne peuvent masquer les défaillances d'un scénario principalement répétitif et contemplatif. Qu'il y règne une certaine opacité dans son récit, ce n'est pas si grave, c'était aussi le cas dans Un grand voyage vers la nuit de Bi Gan mais ce dernier avait pour lui un côté onirique assez fascinant (pas pour tout le monde, évidemment) qu'on ne trouve pas dans Le lac des oies sauvages. L'aspect romanesque, voire romantique du film est sous-jacent mais s'efface devant l'architecture alambiquée et pas si originale que cela de la trame policière, malgré le talent certain du metteur en scène, qui semble d'ailleurs en être un peu trop conscient. La virtuosité du film a quelque chose d'un peu gratuit dans cette chasse à l'homme qui n'est pas loin de tourner en rond et même à vide, loin d'égaler son modèle revendiqué, M le maudit de Fritz Lang.

 

La vérité, Hirokazu Kore-eda, sortie le 25 décembre

 

 

Après Kiyoshi Kurosawa et une expérience désastreuse (Le secret de la chambre noire), au tour du palmé Hirokazu Kore-eda de se lancer dans un tournage français avec notamment Deneuve et Binoche. Sans être son meilleur film, loin de là, La vérité reste typique du cinéaste japonais, plutôt lent au démarrage mais de plus en plus enthousiasmant à mesure du déroulement de l'intrigue, avec quelques jolies scènes sur la fin, toutes empreintes de subtilité et de poésie. Il s'agit une fois encore "d'une affaire de famille" et plus particulièrement d'une relation complexe entre mère et fille, la première, actrice de son état, se caractérisant par une mauvaise foi systématique, un caractère difficile et un égocentrisme forcené. La vérité intègre avec bonheur l'histoire d'un tournage dans le film qui en dit long sur la compétition entre actrices, y compris avec une défunte. Moments traités avec la finesse coutumière de Kore-eda, entre méchanceté et tendresse. Evidemment, dans le rôle de cette comédienne arrogante et un peu fêlée (dans tous les sens du terme), Catherine Deneuve est impériale, jubilant véritablement à jouer ce personnage autoritaire et cinglant. Juliette Binoche apparait comme un peu en retrait et c'est la jeune Manon Clavel, à la voix envoûtante, qui se révèle, encore inconnue mais vraisemblablement plus pour très longtemps.

 

Les éblouis, Sarah Suco, 20 novembre

 

 

Difficile de critiquer Les éblouis, le premier film sincère et largement autobiographique de Sarah Suco. Difficile aussi de ne pas adhérer à cette dénonciation d'un embrigadement tragique d'une famille au sein d'une communauté religieuse à la perversion toxique. Mais il faut bien se placer un tant soit peu du côté cinématographique et là, le film est malheureusement lesté de semelles de plomb qui en limitent singulièrement l'impact. Tout commence pourtant plutôt bien et Les éblouis ne manque pas de subtilité dans sa mise en place en donnant la vision de la fille aînée dans le cheminement progressif de sa famille vers l'obscurantisme, auprès d'un "berger" (Darroussin, étonnant) et de ses ouailles, au pernicieux discours de saint sectaire (qui a le goût d'un fromage moisi). Mais quand le film bascule dans l'horreur quotidienne des techniques d'enrégimentement, il devient pesant et sans plus aucune nuance, démagogique dans sa dénonciation même si la réalisatrice s'en défend en précisant qu'elle a beaucoup "édulcoré les faits." Cette histoire très personnelle ne manque pas de puissance mais elle aurait sans doute gagné à montrer les choses avec davantage de finesse, en suggérant plutôt qu'en utilisant les manières d'un réquisitoire. Cela n'enlève rien cependant à la formidable interprétation de la jeune Céleste Brunnquell qui a obtenu le prix d'interprétation féminine à Sarlat, le film recevant pour sa part la Salamandre d'or.

 


17/11/2019
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Y'a de l'Arrageois ! (8)

 

J'ai privilégié les films de la compétition avec les films bulgare, italien, belge et polonais (par ordre de préférence). Mais comme hier, mon plus grand bonheur s'est trouvé en dehors avec Un divan à Tunis.

 

Un divan à Tunis, Manele Labidi, Tunisie, sortie le 26 février 2020

 

 

Un grand nombre de films tunisiens de ces derniers mois (tous ?) évoquent un même thème, plus ou moins mis au premier plan, celui de l'évolution de la société dans l'après printemps arabe. Un divan à Tunis est en plein dans cette mouvance, avec un sujet idéal pour cette radiographie instantanée : l'arrivée d'une psychanalyste dans la capitale du pays qui va rencontrer un échantillon plus ou moins représentatif de tunisiens. C'est le prisme de la comédie qu'a choisi Manele Labidi et elle a eu mille fois raison car son film est drôle et intelligent, multipliant les saynètes avec des patients plus ou moins impatients et étranges, et évoquant par ailleurs les nombreuses tracasseries administratives que doit affronter l'héroïne du film pour que son cabinet ait une existence légale (sous-entendu : les lourdeurs, privilèges et prévarications n'ont pas disparu après la chute de Ben Ali). Un divan à Tunis ne se prive pas de se moquer au passage du machisme ambiant, toujours vif, en montrant comment les femmes le combattent avec un certain génie. Très à l'aise dans son rôle de psychanalyste fraîchement débarquée de Paris, la merveilleuse Golshifteh Farahani fait souffler un vent de liberté et de provocation madrée dans une société encore bien confite dans un fonctionnement désuet.

 

Iron Bridge (Zezhny Most), Monika Jordan-Mlodzianowska, Pologne

 

 

Iron Bridge, le premier long-métrage de la réalisatrice polonaise Monika Jordan-Mlodzianowska, part sur d'excellentes bases avec un homme pris au piège au fond d'une mine alors que sa femme a depuis quelque temps une aventure avec son supérieur hiérarchique et néanmoins ami. Voici un thème qui promettait de renouveler l'éternel triangle amoureux tout en ménageant un grand suspense quant à la survie du mari bloqué quelques pieds sous terre. Malheureusement, dans un premier temps, la cinéaste ne facilite pas la tâche ni l'intérêt du spectateur en déstructurant son récit et en faisant alterner scènes du passé et du présent, sans faire grand cas des transitions. Le film a mauvaise mine, si l'on ose dire, et les choses ne s'arrangent que peu à peu, à mesure que Iron Bridge se concentre sur le sort du malheureux de l'histoire et des réactions des deux autres côtés du triangle. Mais, en définitive, on ne s'attache guère aux personnages alors même que la situation est dramatique et devrait nous toucher un tant soit peu.

 

Dafne, Federico Bondi, Italie

 

 

Une jeune femme, atteinte du syndrome de Down, vient de perdre sa mère et doit surmonter le deuil avec son père déboussolé. Il ne faut pas avoir peur de ce point de départ pour le moins dramatique, Dafne est un film qui regorge d'énergie à l'image de son héroïne dont les réparties directes et l'humour sans filtre font merveille. Le regard du réalisateur sur le handicap est empreint de bienveillance. De manière assez subtile, le film bascule dans un échange des relations entre le père et sa fille, celui qui protège l'autre n'étant en définitive pas celui auquel on penserait de prime abord. Convaincant par sa vitalité et son absence d'apitoiement, Dafne se révèle malgré tout assez faible dans ses enchaînements, dépendant essentiellement de son personnage principal pour pallier une mise en scène relativement atone. L'interprétation remarquable de Carolina Raspanti constitue l'intérêt majeur du film.

 

The Best of Dorien B., Anke Blondé

 

 

 

Ses parents se séparent, son mari la trompe, elle se fait mordre par les animaux qu'elle soigne et on lui diagnostique un nodule sur le sein : Dorien a tout pour être une trentenaire, vétérinaire de son état, au bord de la crise de nerfs. The Best of Dorien B. est une comédie, bien sûr, avec ce singulier humour flamand qui n'a rien à envier à son homologue britannique. Un premier film léger (oui) qui dresse un portrait empathique d'une femme encore jeune mais déjà usée par les devoirs professionnels et domestiques (elle a 2 enfants) et dont l'épanouissement personnel semble de moins en moins avéré. C'est drôle et enlevé, mélancolique juste ce qu'il faut, et assez agréable pour une consommation immédiate. Malgré le charme incontestable de son interprète principale, Kim Snauwaert, actrice de théâtre dont c'est le premier rôle à l'écran, cette chronique douce-amère a cependant bien du mal à dépasser les limites du film narrant l'émancipation attendue d'une femme qui avait oublié depuis longtemps de penser à elle-même.

 

The Father (Bashtata), Kristina Grozeva et Petar Valchanov, Bulgarie

 

 

Le goût bulgare des films du tandem Kristina Grozeva et Petar Valchanov est devenu familier avec The Lesson et Glory et maintenant The Father. Ce dernier se démarque tout de même des deux premiers par son aspect beaucoup moins social, ancré qu'il est dans une relation familiale, celle d'un père et d'un fils qui ont des façons très différentes de vivre le deuil d'un être cher. Cette différence va susciter une suite d'événements incontrôlables (et également des mensonges) qui vont peu à peu confiner à l'absurde. Sans jamais perdre le contrôle de l'emballement des situations et en ajoutant des détails incongrus (l'obsession pour la confiture de coings du fils ; l'appel du paranormal pour le père), le duo de réalisateurs bulgare a construit une mécanique qui fonctionne parfaitement, grâce à un superbe travail d'écriture. La mise en scène, elle, repose parfois un peu trop sur des plans à l'épaule qui auraient pu devenir agaçants s'ils avaient été systématiques. Petit reproche dans la fabrication qui n'altère pas la qualité globale d'un long-métrage qui marque la capacité à se renouveler de Grozeva et Valchanov, déjà lauréats de nombreux prix dans différents festivals.

 


15/11/2019
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Y'a de l'Arrageois ! (7)

 

Aujourd'hui a commencé la compétition européenne avec des films slovaque, roumain et italien. Mais aucun ne m'a vraiment emballé et c'est une production soudanaise, Tu mourras à 20 ans, qui m'a enchanté.

 

Tu mourras à 20 ans (You will die at twenty), Amjad Abu Alala, Soudan, sortie le 12 février 2020

 

 

En soi, pouvoir voir une production originaire du Soudan a déjà quelque chose de miraculeux (ce n'est que la huitième de l'histoire du pays). Et pourrait donc susciter une certaine indulgence pour ses qualités, vu l'extrême rareté du cinéma africain sur nos écrans. Mais avec Tu mourras à 20 ans, point besoin de tergiverser, le film est un petit bijou qui allie sa puissance narrative à une esthétique particulièrement raffinée. Ce premier long-métrage d'Amjar Abu Alala a obtenu le Lion du Futur au Festival de Venise, récompense hautement méritée eu égard notamment à sa photo et à sa musique remarquables. Le film traite de la fatalité, du poids des traditions, des croyances et des superstitions à travers l'histoire de son personnage central que le destin semble avoir condamné à mourir le jour de son vingtième anniversaire. Avec quelques touches d'onirisme et de réalisme magique et de belles ellipses, Tu mourras à 20 ans évoque une société très tributaire de la religion qui s'oppose à la liberté individuelle, sans que le film ne verse dans un schématisme réducteur. On y aperçoit une scène de Gare centrale de Youssef Chahine, influence probable du réalisateur soudanais qui, de la même façon que le cinéaste égyptien a su parler de la vie quotidienne et sublimer la beauté des paysages riverains du Nil.

 

Let there be Light (Nech je svetlo), Marko Skop, Slovaquie

 

 

Let there be Light est le deuxième long-métrage de Marko Skop après le prometteur Eva Nova. Le cinéaste slovaque s'y attaque au sujet délicat de la montée de l'extrémisme et du nationalisme chez les plus jeunes générations par le biais d'une relation père/fils compliquée par l'absence fréquente du premier, émigré économique en Allemagne. Le climat social est étouffant dans Let there be Light, marqué par le poids oppressant de la religion et l'inaction de la police. Il ne l'est pas moins au sein de la cellule familiale que nous décrit le film, dont la cohésion fragile menace de voler en éclat à tout moment. La mise en scène est solide, sans afféteries, et le rythme reste soutenu avec une tension permanente et quelques flambées de violence. Le film tente de nuancer l'état psychologique de ses différents protagonistes mais c'est peut-être là qu'il se montre le moins convaincant, l'évolution du comportement des personnages étant moyennement vraisemblable. Ce qui ôte tout de même pas mal d'impact à un métrage qui, pourtant, ne manque pas de force de persuasion.

 

Carturan, Liviu Sandulescu, Roumanie

 

 

Un homme qui se sait condamné à mourir à très brève échéance entreprend de régler quelques affaires urgentes comme la future garde de son petit-fils. Telle est en substance la trame plutôt simple de Carturan, le premier long-métrage du cinéaste roumain Liviu Sandulescu. Un thème prometteur que le réalisateur traite sans beaucoup d'ambition, peut-être effrayé par son potentiel émotionnel. Et de fait, le film est très froid et presque anecdotique et, qui plus est, souvent répétitif, la température ne montant légèrement que lorsque le futur défunt s'entête à vouloir organiser un repas de funérailles en sa présence et en celle du cercueil qu'il s'est fait confectionner (sic). Pour le reste, Carturan enchaîne paresseusement les scènes sans chercher à nous toucher ou, pourquoi pas, à nous faire sourire. La mise en scène est quasi inexistante et l'ennui pourrait vite pointer son nez si le film n'avait pas la politesse de s'arrêter au bout de 90 minutes.

 

Free Country (Freies Land), Christian Alvart, sortie le 18 juillet 2020

 

 

Deux flics aux méthodes très dissemblables débarquent dans une petite ville dénuée de charme pour enquêter sur la disparition inquiétante de deux jeunes filles. La trame de Freies Land vous dit quelque chose ? Normal, il s'agit du remake allemand de La Isla Minima, situé juste après la réunification pour faire contrepoint à la période post-franquiste dans l'original espagnol. C'est une drôle d'idée de reprendre les ingrédients du film d'Alberto Rodriguez tant on a parfois l'impression d'un copier/coller, y compris dans les nombreuses vues aériennes présentes. Freies Land se suit sans déplaisir, sans doute bien davantage si on ne connait pas La Isla Minima, mais le film a tout de la copie du bon élève qui a su équilibrer les scènes d'enquête, de conflits entre les deux policiers (l'un vient de l'ouest, l'autre est un ancien de la Stasi) et d'action pure, le tout dans un climat sordide où l'omerta semble être la règle chez les habitants. L'impression de déjà vu est prégnante malgré un contexte social passionnant dans une Allemagne tout juste reconstituée.

 

 

 


15/11/2019
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Y'a de l'Arrageois ! (6)

 

5 films à nouveau aujourd'hui, à mi-parcours du festival. Du très attendu avec Guédiguian et Sorogoyen et des productions venues de Serbie, d'Italie et de Turquie. Je continue à penser que cette édition est d'un excellent niveau.

 

Gloria Mundi, Robert Guédiguian, sortie le 27 novembre

 

 

Gloria Mundi est sans nul doute l'un des films les plus sombres et les moins porteurs d'espoir de Guédiguian. On y voit même le personnage le plus antipathique de toute sa filmographie, incarné avec un talent certain et convaincant par Grégoire Leprince-Ringuet. Nous sommes bien en terrain connu, dans la bonne ville de Marseille, mais l'heure n'est guère à l'optimisme en cette époque cruelle où les valeurs de solidarité et d'entraide, si présentes dans le cinéma de Guédiguian, volent en éclat, notamment pour la nouvelle génération, comme laminées par l'égoïsme et l'arrivisme forcené du modèle libéral. Le cinéaste surfe sur les vagues de l'amer dans un film qui raconte comme toujours la société via une famille cette fois-ci très disparate dans les comportements. Au sein celle-ci sur laquelle se concentre Gloria Mundi, tous les membres ressortent pétris d'une grande ambigüité, les plus anciens semblant désabusés et peu enclins au militantisme d'hier, à l'exception de celui qui sort de prison, amateur de haïkus, innocent à l'opposé des autres et qui a l'air d'un ange immaculé. Un film noir comme le désespoir mais tout aussi passionnant et remarquablement construit que la quasi totalité des longs-métrages de Guédiguian.

 

Madre, Rodrigo Sorogoyen, sortie le 22 avril 2020

 

 

 

Après son court-métrage Madre, montré en 2017, Rodrigo Sorogoyen a souhaité lui donner une suite, au titre éponyme. Le long-métrage, qui inclut le court, est très différent de ses deux premiers films : Que Dios nos perdone et El Reino avec l'abandon du genre thriller pour un récit dramatique et psychologique, cependant sous-tendu par des ressorts dignes d'un bon suspense. Le portrait féminin de cette mère, que l'on retrouve 10 ans après les faits évoqués dans le court-métrage, laisse planer un certain mystère quant à ses motivations et même son équilibre mental, dans sa relation équivoque avec un adolescent qui constitue la trame principal du film. Cette femme traumatisée et endeuillée, est jouée à la perfection par la frêle Marta Nieto, bien entouré par un casting en majeur partie français puisque l'action est située dans les Landes. Le spectateur, pour une fois, en sait moins que les principaux personnages de l'intrigue qui connaissent tous cette femme surnommée "la folle de la plage." Cela donne une atmosphère étrange à Madre, qui s'apparente parfois à de la frustration voire à de l'agacement, avec un certain sentiment de répétition dans la narration du film. Qui reste cependant fascinant par l'élégance de sa mise en scène (l'Atlantique est magnifiquement filmé), ses dialogues subtils et ses passages fluides entre le français et l'espagnol. Madre n'est pas une déception, juste un nouvel aspect de la virtuosité de Rodrigo Sorogoyen, sans doute le talent le plus pur qui ait émergé d'Espagne ces dernières années.

 

Ajvar, Ana Maria Rossi, Serbie

 

 

Ajvar : purée de poivron et d'aubergine qui est très populaire dans les pays des Balkans et se trouve communément dans les valises des Serbes qui vivent à l’étranger. Le titre du premier film d'Ana Maria Rossi symbolise par ce terme culinaire le mal du pays, qui est l'un des thèmes du long-métrage, le plus léger en opposition avec l'autre thème, davantage empreint de mélancolie et de dureté, qui est celui de l'usure du couple pour des quadragénaires à la réussite sociale avérée. Les différents personnages de Ajvar sont loin d'être inintéressants, notamment le couple central, mais ils sont traités en surface sans que ne ressortent autre chose qu'une grande amertume et lassitude. La mise en scène de la réalisatrice serbe n'est pas non plus très dynamique et elle ne s'est pas facilitée la tâche en multipliant les scènes de repas qui donnent parfois des dialogues enlevés mais restent dans l'ensemble plutôt statiques. L'ambiance est assez théckhovienne, euphémisme pour dire qu'elle est à la lisière de l'ennui, alors que quelques embardées vers la comédie corrosive prouvent que le film aurait pu largement gagner en intérêt avec davantage d'audace pour montrer des individus assez imbus d'eux-mêmes et presque obligés par la société qui les entoure qu'ils ont "réussi" dans la vie.

 

Un'avventura, Marco Danieli, Italie

 

 

Pour ceux qui ont pu voir son premier long-métrage, L'affranchie (La ragazza del mondo), la découverte du deuxième film de Marco Danieli, Un'avventura, est une vraie surprise avec un changement radical de registre. Après le drame intimiste place à la comédie musicale ultra romantique, dans un film articulé autour de 12 chansons de Lucio Battisti qui rythment l'histoire d'amour mouvementée, sur plusieurs années, entre un garçon et une fille des Pouilles, bien faits de leur personne et sous tous rapports. Rien de novateur dans le récit qui est finalement digne d'un roman-photos avec promesses, mariage, adultère, séparation ... mais une belle énergie et une certaine classe dans les scènes chorégraphiées et chantées. Situé dans l'Italie des années 70, le film évoque de façon épisodique le mouvement hippie et le féminisme mais sans trop insister, le thème majeur étant l'amour dans toutes ses composantes. Un'avventura ne manque pas de charme, surtout grâce à son interprète féminine, Laura Chiatti, à condition de laisser libre cours au côté fleur bleue de chacun.

 

Passed by censor (Görülmüstür), Serhat Karaaslan, Turquie

 

 

Zakir travaille au service de contrôle du courrier à la prison d'Istanbul. En parallèle, il suit des cours d'écriture. Pour un esprit romanesque comme le sien, le télescopage des deux activités pourrait bien déboucher sur une quête obsessionnelle, au demeurant excitante si l'épouse d'un prisonnier en était la cause. Avec ce postulat intrigant, le premier film de Serhat Karaaslat part sur d'excellentes bases et se développe sur un tempo moderato vers un dénouement que l'on pressent dramatique. Ce qui ne sera pas le cas mais qu'importe. Plus qu'une radiographie des prisons turques, malgré quelques allusions discrètes aux exactions qui s'y commettent, le film est aussi obstiné que son héros, le suivant pas à pas, dans ses relations soumises avec ses collègues ou dans ses conflits incessants avec sa mère. Le portrait de ce solitaire qui s'évade (c'est le cas de le dire) via son imagination foisonnante et dangereuse ne manque pas de sel mais peut-être un peu de piment pour être totalement réussi.

 


13/11/2019
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Y'a de l'Arrageois ! (5)

 

Rythme de croisière : 5 films au menu. Dont un chypriote, ce qui n'est pas commun. Mais mes préférences du jour vont plutôt à des productions néerlandaise et finlandaise.

 

Aurora, Miia Tervo, Finlande

 

 

La comédie romantique s'adapte à toutes les températures, y compris les plus froides, par exemple en Laponie finlandaise. Il ne faut pas croire que ses habitants ne sont pas chauds, revigorés par des alcools forts et la fameuse alternance sauna/eau glacée. Aurora, l'héroïne du premier film de Miia Tervo, native de Rovaniemi, est du genre bourrasque, incapable de se fixer, sentimentalement parlant, et soumise à de brusques dysfonctionnements dues à l'absorption excessive de produits mauvais pour la santé. Elle a bien évidemment à l'opposé du réfugié iranien qu'elle rencontre par hasard et c'est la raison pour laquelle la comédie romantique peut se mettre en branle avec moult obstacles à la clé. Le rythme d'Aurora est endiablé, riche en situations décapantes et en personnages hauts en couleur, avec un humour corrosif pas toujours subtil mais efficace. Le film tourne moins bien quand il s'agit de passer à des scènes mélancoliques voire dramatiques mais ces tunnels ne sont pas très longs et c'est la bonne humeur qui emporte le morceau dans ce feel good movie enneigé.

 

Maternal, Maura Delpero, Argentine, sortie le 8 avril 2020

 

 

Après deux documentaires, pour son premier long-métrage de fiction, l'italienne Maura Delpero a choisi un sujet librement inspiré par son expérience de 4 ans au sein d'un hogar argentin, c'est à dire un couvent pour filles-mères tenu par des bonnes sœurs. Dans ce refuge, les conflits sont latents et tournent autour de la question de cet instinct que l'on appelle maternel et qui existe aussi, sous une forme plus ou moins consciente, chez les nonnes. Il y a beaucoup de subtilité dans Maternal, peut-être trop, et son vrai sujet tarde à apparaître. Le film conserve cependant sa douceur et sa bienveillance tout du long alors qu'il suffirait de peu de choses pour qu'un drame surgisse. Film de femmes, exclusivement, Maternal est principalement joué par des actrices non-professionnelles mais remarquables, ce qui lui donne sans conteste un grand parfum de vérité.

 

Where is Hendrix ? (Smuggling Hendrix), Marios Piperides, Chypre, 4 mars 2020

 

 

Le mur de Berlin est tombé mais celui de Nicosie, toujours pas, séparant les communautés grecque et turque de Chypre (l'Etat auto-proclamé de Chypre du Nord n'est reconnu par aucun pays, hormis la Turquie). Sujet épineux que le cinéaste chypriote Marios Piperides a eu la bonne idée de traiter en comédie politique, prouvant s'il en était besoin l'absurdité d'une situation figée depuis plus de 40 ans. Le film prend prétexte des pérégrinations d'un chien bâtard nommé Jimi pour nous faire cheminer des deux côtés du mur en ajoutant quelques ingrédients assez savoureux pour pimenter son intrigue. Le ton est donc à la légèreté dans un contexte grave et Where is Hendrix a suffisamment de péripéties à raconter pour que le résultat soit des plus plaisants. Il y a bien quelques sautes de rythme de ci, de là, mais le film, dans son ensemble, ne manque pas de chien. Les métrages chypriotes ne courent pas les rues, c'est déjà une bonne raison pour découvrir Where is Hendrix qui a de plus le mérite d'expliquer clairement un problème géopolitique qui semble insoluble.

 

Fight Girl (Vechtmeisje), Johan Timmers, Pays-Bas

 

 

Des jeunes de 12 à 14 ans, dans 55 villes à travers l'Europe et au-delà, ont choisi Fight Girl, le film de Johan Timmers, comme lauréat de l'EFA Young Audience Award. Et la récompense est pleinement mérité pour ce feel good movie néerlandais dont la pensée positive n'est pas sans rappeler The Full Monty ou Billy Eliott, avec un petit côté Rocky en plus, puisqu'il y est question de kickboxing. Les spectateurs plus âgés ont aussi le droit de prendre leur ticket et d'apprécier ce film amusant et émouvant bien qu'il soit cousu de fil blanc depuis le départ. Bien sûr que le dénouement heureux est prévisible mais pourquoi se priver d'une belle leçon de ténacité et de courage autour de son héroïne adolescente remplie de colère à cause d'une situation familiale compliquée ? Le vrai plus est la grande qualité du film quand il s'agit de filmer des combats sur le ring. D'intenses moments où le pugilat est plus que jamais une métaphore des difficultés de la vie. Aussi à l'aise au naturel qu'en combattante, la jeune actrice Aiko Beemsterboer s'incarne en une petite guerrière aussi impressionnante que touchante.

 

Seules les bêtes, Dominik Moll, sortie le 4 décembre

 

 

Ce n'est pas un secret, depuis Harry, un ami qui vous veut du bien, Dominik Moll représente un cinéma qui se caractérise par une mécanique scénaristique bien huilée qui privilégie la montée des tensions jusqu'à l'extrême. Seules les bêtes est dans cette lignée avec une construction très habile qui fait passer d'un personnage à un autre en 5 chapitres et autant d'histoires amoureuses, toutes enchevêtrées, chacune d'entre elles apportant des éléments nouveaux pour que le puzzle soit totalement reconstitué. Malgré la maîtrise technique et narrative de Seules les bêtes, il y a tout de même un bémol majeur : la part importante de coïncidences qui rend possible l'ordonnancement des faits, l'une d'entre elles (la fille qui fait de l'auto-stop) paraissant tout de même énorme même si l'un des personnages du film prétend que le hasard est plus fort que tout. Dans la même optique, le dénouement, en forme de clin d'oeil, est pareillement too much. La vision d'une certaine jeunesse africaine, avec la délinquance numérique, peut poser également un problème qui ne manquera pas d'être relevé, comme étant un regard réducteur et orienté d'un esprit européen. Toutes ces questions de vraisemblance et d'attitude font que la belle mécanique n'est peut-être pas aussi parfaite qu'elle souhaiterait l'être.

 

 

 


13/11/2019
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Y'a de l'Arrageois ! (4)

 

Il fallait bien que cela arrive : oui, je n'ai vu que 4 films aujourd'hui et non, ils n'étaient pas au même niveau que ceux des jours précédents. Mais c'était bien quand même !

 

Made in Bangladesh, Rubaiyat Hossain, Bangladesh, sortie le 4 décembre

 

 

L'histoire de Made in Bangladesh a déjà été racontée au cinéma mais c'était dans un autre pays (l'Angleterre, par exemple) et à une époque différente. Il y est question de travailleuses exploitées qui découvrent la solidarité et se heurtent à toutes les difficultés possibles pour défendre leurs droits en se syndiquant. Et ce, dans une société patriarcale où s'exprimer en tant que femme est déjà un crime de lèse-autorité. L'air est connu, oui, mais la chanson prend de nouvelles couleurs dès lors que Made in Bangladesh nous parle d'aujourd'hui, dans un contexte de mondialisation qui donne encore plus de poids au contexte du monde du travail, en particulier dans l'industrie textile, dans un pays symbole du sud-est asiatique. Le fil narratif du film est simple mais très efficace avec une héroïne qui décide de ne plus se laisser faire et qui entraîne les autres autour d'elle. Conditions de travail dans l'atelier, difficultés avec un mari dont le pouvoir est sapé, tracasseries administratives de toutes sortes : le chemin est long et dangereux. Made in Bangladesh, outre le réalisme de son récit, réussit parfaitement à lui donner un caractère romanesque, suscitant l'adhésion sans faille du spectateur. "Nous sommes des femmes. Fichues si l'on est mariée. Fichue si on ne l'est pas.", déclarent-elles ! Oui, mais aussi des combattantes qui veulent changer leur monde. Si seulement le message de Made in Bangladesh pouvait le faire avancer un peu le notre !

 

La communion (Boze Cialo), Jan Komasa, Pologne, sortie le 5 février 2020

 

 

L'histoire est incroyable mais vraie. En Pologne, un garçon de 19 ans, censé travailler dans une menuiserie en guise de réhabilitation après un crime, a remplacé pendant plusieurs semaines un prêtre de campagne y compris lors des offices religieux. Cette affaire d'imposture est racontée dans La communion par Jan Komasa, réalisateur polonais qui s'est imposé en deux films seulement, avec une efficacité remarquable, en mettant l'accent sur le charisme de son personnage interprété avec un réalisme presque inquiétant par le jeune Bartosz Bielenia, sûrement une graine de star. Loin d'être un brûlot contre la religion, La communion s'immisce dans une petite communauté avec subtilité, montrant de quelle manière ce faux homme d'Eglise parvient à se faire accepter voire même à fasciner lors de ses prêches. Plus intéressant encore, le film rend très complexe la psychologie de l'imposteur, partagé entre sa nature violente, son désir de rédemption et son excitation à tenir une population en son pouvoir. Remarquablement rythmé, non dénué d'humour corrosif, La communion est un film hautement recommandable, urbi et orbi.

 

When the trees fall (Koly padayut dereva), Marysia Nikitiuk, Ukraine

 

 

When the trees fall, de l'ukrainienne Marysia Nikitiuk, est le prototype même du premier film où l'auteur(e) souhaite démontrer son talent, quitte à en faire des tonnes pour qu'il n'y ait aucun doute. Faisons l'état des lieux : When the trees fall est assez souvent hystérique, se nimbe d'un onirisme vaporeux dès que possible, ne rechigne pas à être crû en matière de sexe et adopte une narration confuse où plusieures intrigues se mêlent sans que l'une d'entre elles ne prenne la première place. A priori, le film est censé être une histoire d'amour entre une jeune femme rebelle et un jeune ténébreux, très voyou. Quant à l'homme que l'héroïne doit épouser, il est laid, falot et stupide. Mais de digressions en envolées esthétisantes, le film ne parvient jamais à capter l'attention, malgré sa vaine tentative de se référer à Tchekhov, Zviaguintsev et Tarkovski, entre autres références plus ou moins avouées. Le film a été présenté à la Berlinale en 2018 mais n'a fait que relativement peu d'apparitions dans d'autres festivals et il n'est pas sorti ailleurs qu'en Ukraine. Sans vouloir accabler sa réalisatrice, quelqu'un pourrait peut-être lui suggèrer un peu plus de simplicité pour son prochain long-métrage ?

 

Lillian, Andreas Horvath, Autriche, sortie le 11 décembre

 

 

Comme pourraient le dire certains cuistres : Lillian est une singulière proposition cinématographique. L'histoire de Lillian Helling, qui dans les années 1920 a tenté de rentrer en Russie à pied en partant de New York, hantait le réalisateur autrichien Andreas Horvath depuis des années. Le tournage et le montage de son film ont finalement pris plus de 3 ans pour un résultat qui laisse à la fois fasciné et frustré. Le film ne raconte pas le véritable périple de Lillian mais s'en est inspiré pour imaginer un voyage de part en part dans les Etats-Unis d'aujourd'hui d'une autre jeune femme dont on ne saura rien de la vie, si ce n'est qu'elle est russe et ne parle pas anglais, ce qui explique qu'elle ne prononce pas un mot pendant plus de deux heures, hormis lors de la scène d'ouverture. C'est un drôle de pays que traverse Lillian, comme désincarné, une Amérique profonde laissée à l'abandon et désertée. La manière dont la jeune femme survit et se nourrit ne ressort pas d'un réalisme forcené mais a quelque chose de sublime dans son obstination. Patrycja Planik, son interprète, qui est omniprésente, réussit à faire passer le sentiment de l'absence et de l'invisibilité au milieu de paysages parfois grandioses. Reste que le film a parfois des allures de reportage de National Geographic et que ses digressions (la chasse à la baleine) interrogent sur le message que le réalisateur souhaitait faire passer.

 


11/11/2019
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Y'a de l'Arrageois ! (3)

 

Une nouvelle journée marathon marquée par l'émotion belge, l'intensité slovène, l'agressivité allemande et l'originalité bulgare.

 

Lola vers la mer, Laurent Micheli, Belgique, sortie le 11 décembre

 

 

Un film belge sur une adolescente transgenre et ses relations avec son père, oui, bien sûr, c'est Girl ! Désormais, c'est aussi Lola vers la mer, de Laurent Micheli, qui offre un traitement totalement différent à un thème qui se prête à de nombreuses variations pour peu que l'écriture du scénario soit à la hauteur. Lola vers la mer est constamment surprenant, désamorçant toutes les figures attendues dans un road movie où l'affrontement entre un père et son fils en voie de devenir fille nous fait peu à peu grimper haut sur l'échelle des émotions. L'histoire est également captivante par les choix de mise en scène qui ne cessent de surprendre, dans le bon sens du terme. La dramaturgie est forte, avec deux points de vue (et de vie) a priori irréconciliables mais le film est réalisé de manière tellement lumineuse et avec une grande maîtrise (voir l'utilisation de la musique) qu'il est tout sauf pesant et montre une tendresse particulière pour tous ses personnages y compris celui que l'on aurait plutôt tendance à rejeter pour son manque de compréhension et d'empathie (le père, évidemment). Mya Bollaers, qui incarne l'adolescente rebelle, est proprement stupéfiante et rivalise avec un Benoît Magimel dont le jeu se bonifie avec les années. En fin de compte, Lola vers la mer ne ressemble en rien à Girl, hormis pour sa comparable grande qualité.

 

Erased (Izbrisana), Miha Mazzini, Slovénie

 

 

C'est un thème bien connu en Slovénie, et toujours d'actualité, qui nourrit Erased, le film de l'écrivaine et scénariste Miha Mazzini. L'histoire individuelle qui est racontée dans le long-métrage est symbolique de très nombreux cas en Slovénie (et dans d'autres pays). Elle est celle d'une femme qui, du jour au lendemain, alors que la guerre fait rage en ex-Yougoslavie, se trouve privée de toute identité sous prétexte qu'elle est native de Serbie. Commence alors un récit ubuesque et kafkaïen dont l'héroïne est victime, rayée des fichiers des ordinateurs de l'administration de son pays où elle vit et enseigne depuis des années. Désormais, légalement, elle n'existe pas. Erased vaut principalement par la force de son sujet, le film ne brillant pas particulièrement par sa mise en scène. Il est remarquablement interprété par Judita Frankovic, sobre dans la retenue émotionnelle et la détermination.

 

Parking, Tudor Giurgiu, Roumanie

 

 

Tudor Giurgiu n'est pas n'importe qui en Roumanie, il est entre autres président de la chaîne de télévision nationale. Et en plus, il tourne, adaptant avec Parking un best-seller roumain. Le récit ne se passe pas dans son pays mais du côté de Cordoue, en Espagne, ce qui permet d'évoquer la qualité d'émigré, ce "coupable de profession." Et en effet, le héros du film, qui a l'ambition de faire son trou dans la littérature, se retrouve plus prosaïquement à veiller sur un vaste parking et à participer aux affaires douteuses de son patron. Il y a aussi dans Parking une histoire d'amour assez originale au moins par la personnalité de ses deux protagonistes mais le film, dénué de rythme et peu inspiré dans sa réalisation, a bien du mal à nous passionner pour cette romance que l'on a même du mal à trouver crédible. Et tout se termine d'ailleurs dans une grande confusion où Giurgiu tente maladroitement de faire se raccorder les thèmes disparates de son récit.

 

Benni (Systemspringer), Nora Fingscheidt, Allemagne, Sortie le 4 mars 2020

 

 

Benni va bientôt avoir 10 ans. C'est une enfant agressive, irascible et incontrôlable qui peut passer en un instant de la plus grande sérénité à un état de furie absolue. Le film de Nora Fingscheidt, qui a obtenu plusieurs prix à Berlin et représente l'Allemagne aux Oscars, est honnête dans sa radicalité : il ne minimise jamais l'état de Benni et son incapacité à s'intégrer dans une quelconque structure (école, famille d'adoption, foyer ...). Les crises de la fillette sont terribles et ne sont pas loin, pour les plus violentes d'entre elles, d'être insoutenables. La question de son insertion dans la société y est posée avec acuité, rendant hommage au passage à tous les travailleurs sociaux qui tentent de résoudre des problèmes insolubles. Pas de concession, pas d'apitoiement : le film va jusqu'au bout de son propos, quitte à choquer par sa violence extrême. Ce cinéma-là, en rien divertissant et qui suscite un certain malaise, a certainement sa place. Il montre des situations qui existent et interroge le spectateur tout en testant sa résistance. Ce n'est pas de tout repos mais force est de constater que son efficacité est redoutable.

 

Cuban Network, Olivier Assayas, sortie le 22 janvier 2020.

 

 

Cuban Network est un film d'espionnage mais n'a pas grand chose à voir avec ce qu'on a l'habitude de voir dans ce genre codifié par les anglo-saxons, principalement. Pourtant quelque chose cloche dans le film d'Olivier Assayas, un certain manque de crédibilité dans l'enchaînement des circonstances, sans doute, alors même que le film se base sur des faits réels qui ne remontent guère qu'à une vingtaine d'années. Malgré un rythme alerte et une limpidité des situations, nonobstant quelques coups de théâtre, il y a quelque chose d'un peu factice dans Cuban Network, à l'instar des accents cubains que l'on sent très travaillés, mais faux, chez Penélope Cruz, Edgar Ramirez et Gael Garcia Bernal qui font leur possible pour faire exister leurs personnages mais sans y réussir totalement (plus convaincante est l'interprétation d'Ana de Armas qui, elle, est vraiment cubaine). Fort divertissant néanmoins, Cuban Network a par ailleurs un grave talon d'Achille : ses dialogues, d'une assez consternante banalité. Assayas n'a pas voulu ou pas su jouer sa partition sur un mode satirique, il aurait peut-être dû.

 

Irina, Nadejda Koseva, Bulgarie

 

 

Le premier film de Nadejda Koseva commence par une soirée passablement agitée pour son héroïne, Irina : en quelques heures, elle est licenciée de son travail, surprend les ébats de sa soeur avec son mari et enfin voit ce dernier gravement accidenté en allant chercher du charbon (il en perd ses deux jambes et pas mal de sa joie de vivre). Après cette entame tragique, le film ne va cesser d'évoluer entre la comédie façon Affreux, sales et méchants, mâtinée d'humour absurde très bulgare, et la chronique sociale avec l'écart abyssal entre les plus riches et les plus démunis. Désormais centré sur une Irina mère porteuse (d'espoir ?), le métrage part sans arrêt dans des directions inattendues, préférant la fantaisie au réalisme et à la psychologie la plus élémentaire. C'est parfois déstabilisant mais assez souvent jubilatoire car subtilement réalisé, en évitant soigneusement les scènes attendues. On retrouve là une veine contemporaine bulgare qui ne manque pas d'attrait comme dans Glory ou Taxi Sofia, par exemple.

 

 

 

 


11/11/2019
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Y'a de l'Arrageois ! (2)

 

Ma première journée marathon. Dans laquelle, ce n'est pas fréquent à Arras, je ne retiendrai pas les films venus d'ailleurs mais 2 productions françaises, qui sortent d'ailleurs très vite : J'accuse et Proxima. Et juste derrière, l'excellent film tunisien, Noura rêve.

 

Vivre et chanter (Huo zhe chang zhe), Johnny Ma, Chine, sortie le 20 novembre.

 

 

Le film de Johnny Ma est un hommage appuyé à l'opéra de Sichuan, voisin de celui de Pékin, avec davantage de chant. Une tradition culturelle qui perd de plus en plus de terrain et semble vouer à devenir opéra fantôme. Tout ce qui est documentaire dans Vivre et chanter est intéressant à suivre ce qui est moins le cas de l'aspect fictionnel que le réalisateur a tenté de sublimer en donnant quelques couleurs baroques à son intrigue dans une opposition systématique entre la Chine ancienne et la nouvelle qui se construit, si l'on ose dire, par les destructions des vieux bâtiments. On voit bien où veut en venir Ma mais son film a le tort d'arriver après de nombreuses productions chinoises qui ont peu ou prou traité ce sujet de l'éradication d'une culture traditionnelle au profit du tourisme et de valeurs bien plus commerciales. Vivre et chanter n'a pas le souffle des grands films de Jia Zhangke ni la verve poétique de certains autres longs-métrages chinois récents. En esthétisant les destructions d'immeubles, le film court-circuite d'ailleurs maladroitement ses intentions.

 

Noura rêve, Hinde Boujemaa, Tunisie, sortie le 13 novembre

 

 

La loi contre l'adultère, en Tunisie, peut valoir jusqu'à 5 ans d'emprisonnement. Cette épée de Damoclès menace les amants de Noura rêve et sert de fil conducteur à un film qui confirme la bonne santé du cinéma du Maghreb et en particulier tunisien. Ce premier long-métrage de fiction de Hinde Boujemaa se caractérise par une écriture exigeante autour d'une sorte de triangle amoureux qui doit composer avec les mensonges pour essayer de sauver ce qui peut l'être sans tomber sous le coup de la loi. Avec Noura rêve, la réalisatrice trace surtout un sensible portrait de femme active, mère de famille et amoureuse dont la vie se complique avec la sortie de prison de son escroc de mari. Le film commence doucement et orchestre une belle montée en puissance qui culmine avec les scènes de commissariat intenses et stressantes. Ce qui est appréciable dans Noura rêve est son absence de manichéisme et la complexité psychologique de chacun de ses trois personnages principaux, aucun n'étant condamné a priori et chacun se débattant avec ses propres contradictions et raisons personnelles, quitte à blesser les autres au passage.

 

A Shelter among the Clouds (Straha mes reve), Robert Budina, Albanie

 

 

La première chose qui frappe dans A Shelter among the Clouds est la beauté de sa photo, due à un chef opérateur roumain mais aussi à la photogénie naturelle des paysages ruraux albanais. Le film vient d'Albanie, en effet, un pays dont les productions cinématographiques ne sont pas légion et presque jamais montrées en Occident. Ce long-métrage, le deuxième de son auteur, prône largement la tolérance religieuse dans une histoire un peu trop directe quant à son message principal et consciencieusement récité dans des situations et des dialogues qui manquent d'ampleur. Le petit village que décrit le réalisateur a un aspect idyllique un peu trop marqué tandis que son héros, un berger qui semble entretenir une connexion directe avec Dieu, ressemble à une gravure de mode, fruste comme il faut pour séduire une jeune scientifique venue de la ville. Le côté littéral du film, sans nuances majeures, n'est pas loin de disqualifier un film par ailleurs agréable à regarder.

 

J'accuse, Roman Polanski, sortie le 13 novembre

 

 

 

D'un sujet comme l'affaire Dreyfus, il était prévisible que Roman Polanski allait en faire son miel et ne pas manquer, croyait-on, de faire des parallèles avec ses propres démêlés avec la justice et ceux (une certaine frange de "l'opinion publique" qui ne cessent de le condamner sans autre forme de procès. Mais J'accuse peut heureusement se passer de cette lecture réductrice et être pris pour ce qu'il est : un grand film historique, respectueux des faits, pédagogique et passionnant dans son aspect de thriller intransigeant. Le film prend son temps, monte en régime progressivement, et se concentre sur le personnage de Georges Picquard, un homme honnête dont la quête de la vérité était non seulement courageuse mais aussi contraire aux intérêts de l'Armée et partant, de l'ensemble de la société française, traumatisée par la défaite de 1870 et revancharde. Dans quel autre film français a-t-on pu voir une aussi radicale dénonciation de l'antisémitisme qui prévalait dans une grande partie du pays ? La charge est violente mais fidèle à la réalité de l'époque. Pour ceux qui connaissent parfaitement les tenants et aboutissants de l'affaire Dreyfus, il n'y a pas à proprement parler de révélation dans J'accuse mais une solide reconstitution des faits de cette période où la guerre de 14 se prépare déjà, y compris vis-à-vis de l'opinion. Par ailleurs, on y voit le fonctionnement du contre-espionnage français de manière quasi documentaire, avec une ironie sous-jacente dans la façon dont le film montre ses tâtonnements, son inexpérience et ses erreurs commandités. Sans céder au grandiose, Polanski filme cette histoire avec une virtuosité indéniable et limpide, se surpassant dans la direction d'acteurs. Outre Dujardin, parfait, tous les rôles, y compris les plus minces, sont joués avec conviction par des comédiens renommés ou non, avec un égal talent. Une mention spéciale, tout de même, à Gregory Gadebois, extraordinaire et promis à un César du second rôle s'il y a une justice.

 

Proxima, Alice WInocour, sortie le 27 novembre

 

 

Proxima est un film sur une spationaute qui s'apprête à s'envoler pour la plus grande expérience de son existence mais qui nous touche d'abord par l'attraction terrestre pour sa petite fille qu'elle va quitter pour une très longue période. Alice Winocour, dont le cinéma ne laisse jamais indifférent par le choix de ses sujets et leur traitement original (Augustine, Maryland), réussit dans Proxima la très difficile conjonction entre le réalisme documentaire (l'entraînement des spationautes avant leur mission) et l'émotion pure, symbolisée par la relation fusionnelle entre une fillette et sa mère. Un équilibre qui passe par une scène assez peu crédible vers la fin mais qui touche au plus profond. Fascinée depuis son enfance par la conquête de l'espace, la réalisatrice a choisi de rester les pieds sur terre pour rappeler que l'intensité des sentiments humains valent toujours largement plus que n'importe quels effets spéciaux. Et sa sensibilité la pousse très loin sans pour autant verser dans l'impudeur ou les débordements lacrymaux. C'est peu de dire qu'on n'a jamais vu Eva Green jusqu'alors aussi touchante et mise à nu devant une fillette prodigieuse, Zélie Boulant-Lemesle, qui joue avec un naturel stupéfiant sur toutes les palettes sans jamais s'apparenter à un singe savant. Il serait tentant de parler de Proxima comme d'un film de "femme" mais il serait dommage que les hommes le dédaignent. Ils risquent fort, eux aussi, d'être bouleversés par ce lien, aussi rarement montré de cette façon, qui existe entre une mère et son enfant.

 

Il campione, Leonardo d'Agostini, Italie.

 

 

La comédie italienne n'est pas morte, elle se renouvelle en s'appropriant de nouveaux personnages et des situations qui n'existaient pas il y a 20 ans. Avec Il campione, Leonardo d'Agostini s'attaque aux nouvelles stars du football qui dès leur plus jeune âge deviennent des icônes et empochent des millions d'euros chaque mois sans avoir le moindre gramme de raison (d'intelligence ?) dans la tête. Il campione déroule alors un schéma classique avec le choc des cultures et des personnalités avec l'une de ces idoles confronté à un professeur entre deux âges, loser et ringard, qui n'a jamais mis les pieds dans un stade. Le film est divertissant, souvent amusant mais il entasse les clichés sans répit, grossissant le trait et empruntant surtout une véritable autoroute narrative où l'on peut prévoir à l'avance les coups de théâtre. Accordons tout de même à Il campione une certaine qualité de mise en images, les matches de football étant pour une fois correctement filmés, et une interprétation de bon niveau avec Stefano Accorsi, toujours excellent, et Andrea Carpenzano (vu dans Frères de sang), crédible et charismatique.

 

 


10/11/2019
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Y'a de l'Arrageois ! (1)

 

La 20ème édition de l'Arras Film Festival est lancée. Avant le marathon, qui débute véritablement demain, tout commence, comme de bien entendu, par la séance d'ouverture avec Notre dame de Valérie Donzelli.

 

Notre dame, Valérie Donzelli, France, sortie le 18 décembre

 

Il parait que dans la vie, Valérie Donzelli est une vraie bourrasque, une femme moderne qui essaie de concilier les registres professionnel et privé avec une désorganisation parfaite. Notre dame, son cinquième film, est à son image, rapide et surprenant, avec une grande fantaisie qui tente de dissimuler une profonde mélancolie. Le titre du film a à voir avec la cathédrale, pas avec l'incendie qui a eu lieu juste après la fin du tournage, mais "dame", écrit sans majuscule, renvoie aussi à un portrait de femme, incarnée par Valérie Donzelli, avec une énergie et une conviction qui rappelle le genre de rôles dans lesquels excelle une Karine Viard, par exemple. Le film est coscénarisé par Benjamin Charbit, l'un des auteurs d'En liberté! de Salvadori et l'on retrouve cette même vivacité au service d'une histoire qui tient beaucoup du réalisme magique avec quelques scènes proches du fantastique et au moins une autre qui relève du genre musical. Si on y ajoute une voix off qui sort de nulle part et son côté collage, Notre dame ne ressemble à rien d'autre qu'à un film de Valérie Donzelli avec beaucoup d'audace dans sa besace et quelques maladresses narratives pour un peu doucher l'enthousiasme. Le casting est affriolant (Deladonchamps, Scimeca, Lanners, Ledoyen, Katerine) mais la part accordée à chacun est trop chiche pour qu'on ne ressente pas une certaine frustration. Un film imparfait, donc, mais agréable à l'oeil et qui en dit beaucoup sur notre époque, notre rapport à l'art, au couple et à la réussite sociale.

 


08/11/2019
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